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      <title>Tolérance musulmane</title>
      <meta name="Author" content="Ahmed Riza (1859-1930)"/>
      <meta name="Classification" content="religion, sociology, history, islam"/>
      <meta name="Description"
            content="A vindication of the tolerant character of islam, by a Turkish disciple of Auguste Comte"/>
      <meta name="KeyWords" content="islam, religious tolerance, positivism"/>
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      <h1>Tolérance musulmane<a href="#n1">1</a>
      </h1>
      <h2>par <a href="../../disciple/divers/hz_diver.xml#Riza">Ahmed Riza</a>
      </h2>
      <p>Je me propose dans les lignes qui suivent un double but :
réfuter, dans l'intérêt de la vérité, l'opinion si généralement
accréditée en Europe concernant l'intolérance des musulmans, et
laver ces derniers de l'accusation plus ou moins intéressée d'avoir
exécuté par fanatisme religieux les récents massacres en Orient. Je
tâcherai de montrer que les nobles qualités des populations
musulmanes, dont une partie se trouve sous la domination de la
France, ont pris leur germe dans la religion islamique
elle-même.</p>
      <p>On dit que les Arabes de l'Algérie, réfractaires aux idées
modernes, n'ont pu être assimilés par leurs vainqueurs. Mais des
hommes politiques français reconnaissent eux-mêmes que les
Algériens ont été fort mal gouvernés jusqu'ici, et qu'il y a eu
entre eux et la civilisation occidentale des intermédiaires et des
agents qui ont plutôt éloigné qu'attiré leurs sympathies.</p>
      <p>Les missionnaires et certains financiers poursuivent les uns
comme les autres des intérêts divers, mais distincts de ceux de la
République et de la France. Dans ces derniers temps seulement, et
depuis Jules Ferry surtout, on a commencé à étudier sérieusement
les Arabes, à s'intéresser à leurs moeurs et à leur caractère, au
point de vue d'un rapprochement avec la métropole.</p>
      <p>A l'époque où l'Algérie avait un gouvernement militaire, les
indigènes étaient, assure-t-on, plus satisfaits. Les officiers
français ayant reconnu en eux des dispositions viriles et
guerrières, avaient été à même d'apprécier les qualités morales des
vaincus et s'étaient appliqués davantage à leur rendre justice.</p>
      <p>Aujourd'hui, les commerçants, les industriels, les exploiteurs
de tout genre, aux allures hautaines et au langage dédaigneux,
blessent ces fières populations, tandis que les missionnaires
heurtent leurs sentiments religieux, en affectant de considérer
leurs croyances comme des erreurs.</p>
      <p>Ces représentants de l'Église ont généralement assez de religion
pour haïr toute autre secte que la leur, mais ils en ont rarement
assez pour aimer le prochain qui ne partage pas leur manière de
voir.</p>
      <p>Pour bien gouverner et pour gagner moralement un peuple qui a un
passé de glorieuses traditions et pour lui faire accepter la
civilisation moderne, il faut d'abord l'aimer et l'estimer. On ne
peut l'aimer et s'en faire aimer qu'en connaissant ses idées et son
caractère. Lorsqu'on ne peut admettre sa religion comme vraie et
qu'on pense que, aveugle d'esprit, il a besoin d'être instruit et
réformé, il est nécessaire d'user d'indulgence et de tolérance à
son égard, comme on en use envers les faibles et les égarés ;
on doit, en un mot, l'éclairer et non le contraindre.</p>
      <p>"Nous ne pouvons attendre raisonnablement, dit Locke, que
personne abandonne promptement et avec soumission ses propres
sentiments pour embrasser les nôtres avec une aveugle déférence
pour une autorité que l'entendement de l'homme ne reconnaît point<a href="#n2">2</a>."</p>
      <p>Je sais qu'il est difficile de se débarrasser du jour au
lendemain de préjugés aussi enracinés parmi les nations chrétiennes
que ceux qui considèrent les musulmans comme des sectaires
grossiers et fanatiques.</p>
      <p>Ces préjugés, ces préventions injustes datent du
Moyen Âge ; ils ont été combattus dès le XVIIIe siècle par de
grands écrivains, précurseurs de la Révolution française ;
malheureusement, ces écrivains, dont le nom est cependant si
souvent prononcé, ne sont plus guère lus aujourd'hui, et la foule
continue toujours à juger d'après le témoignage des prêtres
militants qui ont intérêt à dissimuler ou à fausser la vérité.
Chaque fois que des troubles ou qu'une guerre politique se
produisent en Orient, ils l'attribuent aussitôt au fanatisme
musulman. Certains journaux qui aiment à caresser les opinions
reçues, répètent à satiété le même refrain.</p>
      <p>Un écrivain distingué, qui, certes, connaît mieux que moi les
sentiments du peuple français sur ce sujet, s'exprime ainsi dans un
ouvrage récemment publié :</p>
      <p>"Nous nous sommes étendus sur la tolérance religieuse dont
l'islamisme a fait preuve dans son expansion rapide en Occident,
parce que c'est parmi les nations chrétiennes que s'est accréditée
l'opinion contraire, opinion si tenace qu'elle a cours encore
aujourd'hui, malgré le témoignage de l'histoire et des voyageurs
qui ont parcouru l'Orient<a href="#n3">3</a>."</p>
      <p>On constate aujourd'hui que l'Europe est plus ou moins
débarrassée des querelles religieuses et des luttes violentes
qu'engendre le fanatisme, et la foule en conclut volontiers qu'il
en a toujours été ainsi. Pour elle, l'histoire est lettre morte, et
elle ne sait rien ou presque rien du passé. Elle juge les choses
d'un temps avec les idées d'un autre. Mais les esprits cultivés et
éclairés n'hésiteront pas à attribuer la pacification religieuse
qui règne actuellement plutôt au progrès de l'esprit scientifique
qu'à l'influence du christianisme. Ils n'hésiteront pas davantage à
attribuer les derniers désordres de la Turquie non pas au fanatisme
musulman, mais à la faiblesse, à l'incurie et à l'incapacité du
gouvernement actuel.</p>
      <h2>II</h2>
      <p>Loin de moi la pensée d'exalter l'islamisme aux dépens de la
religion chrétienne. Je reconnais qu'on trouve aux origines mêmes
de celle-ci de hautes et nobles pensées de clémence et
d'indulgence, surtout dans les écrits des apôtres saint Paul et
saint Luc qui, s'inspirant eux-mêmes des grandes traditions
romaines en matière de religion, sont restés pour les chrétiens
orthodoxes les meilleurs maîtres en tolérance.</p>
      <p>Saint Paul écrivait aux Thessaloniciens : "Si quelqu'un
vient vous annoncer un autre Christ, vous proposer un autre esprit,
vous prêcher un autre évangile, vous le souffrirez". Il écrivait
encore : "Ne traitez point en ennemi celui qui n'a pas les
mêmes sentiments que vous, mais avertissez-le en frère."</p>
      <p>Saint Luc représente Jésus sur la croix priant pour ses
bourreaux, et prononçant ces paroles : "Pardonnez-leur,
seigneur, parce qu'ils ne savent ce qu'ils font."</p>
      <p>Malheureusement, ces belles paroles étaient de simples conseils,
des inspirations morales ; elles n'avaient point la force et
l'autorité d'un ordre formel ou d'une direction imposée à la
conduite de l'Église. Le christianisme, se conformant à la parole
attribuée au Christ : "Mon royaume n'est pas de ce monde", et
n'ayant que préoccupations supraterrestres, n'a pas fait entrer ces
principes dans la pratique de la vie d'ici-bas. C'est en vain que
l'Évangile criait : "Aimez votre prochain comme vous-mêmes.
Aimez aussi vous ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent".
Les représentants de la doctrine chrétienne sur la terre n'en
continuaient pas moins de brûler les juifs au nom de Jésus. Les
chrétiens catholiques restaient les ennemis des chrétiens
protestants et tous deux portaient au même degré le fanatisme et
l'intolérance contre les musulmans et les Israélites. Helvétius
avait raison de dire : "On doit conclure que la religion, non
cette religion douce et tolérante établie par Jésus-Christ, mais
celle du prêtre, celle au nom de laquelle il se déclare vengeur de
la Divinité et prétend au droit de brûler et de persécuter les
hommes, est une religion de discorde et de sang<a href="#n4">4</a>."</p>
      <p>Certes, les religions ont quelquefois versé de grands maux sur
l'homme ; les ministres des cultes ont souvent déshonoré leurs
discours et leur vie par l'exemple de crimes, par une lâche
complaisance pour d'ignobles tyrans, par une oppression plus lâche
encore exercée sur le développement des idées libérales. Les
efforts criminels du fanatisme contre la raison doivent être à
jamais exécrés. Le fanatisme et les superstitions sont certainement
une aberration du sentiment religieux. Une religion qui est censée
être d'origine divine ne peut, sans mentir à son principe, régner
par la violence, la haine et la torture. Si un Dieu a donné cette
religion, il doit avoir la puissance de la soutenir sans inciter au
meurtre ses interprètes et ses représentants. L'intolérance n'agit
que sur les consciences malhonnêtes ; elle ne crée que des
hypocrites, comme on en voit un si grand nombre autour des
souverains absolus des cours d'autrefois et d'aujourd'hui. Le mot
même de tolérance est quelque chose de sacré ; il exprime une
idée de générosité, de franchise et de justice. La liberté du culte
est une émanation de la liberté de penser : en jouir est le
droit de chacun, la respecter est le devoir de tous.</p>
      <h2>III</h2>
      <p>Telles sont, à peu près, les pensées qui ont également guidé
Mahomet dans la fondation de l'islamisme. En simplifiant les dogmes
de ses prédécesseurs et en ramenant l'essence de la religion à la
croyance en un Dieu unique, il a arrêté du même coup les luttes
provoquées par les discussions théologiques. Il s'est inspiré
également des antiques traditions romaines dans l'établissement de
ses lois religieuses et civiles ; il a appliqué ce principe du
Sénat romain : "C'est aux dieux seuls de se soucier des
offenses faites aux dieux."</p>
      <p>Le Coran s'exprime sur ce point de la même façon et dit dans le
ch. VI, v. 52 : "Il ne t'appartient pas de juger leurs
intentions (celles des non-musulmans), comme il ne leur appartient
pas de juger les tiennes."</p>
      <p>Il semble que l'<i>Imitation de Jésus-Christ</i> n'ait fait que
paraphraser Mahomet, lorsqu'elle dit :</p>
      <div class="citation">
         <p>Qu'un tel soit humble, qu'il soit vain,</p>
         <p>Qu'il parle ou qu'il agisse en telle ou telle sorte,</p>
         <p>Encore une fois, que t'importe?</p>
         <p>Ai-je mis sa conduite, ou sa langue en ta main?</p>
         <p>As-tu quelque part à sa honte?</p>
         <p>Répondras-tu pour lui de son peu de vertu?</p>
         <p>Ou si c'est pour toi seul que tu dois rendre compte,</p>
         <p>Quels que soient ses défauts, de quoi t'embrouilles-tu<a href="#n5">5</a> ?</p>
      </div>
      <p>Mahomet était doux et patient. Il a donné, au cours de son
existence, maintes preuves de patience et de résignation. "Supporte
avec patience, dit le Coran, leurs discours, et célèbre les
louanges de ton Seigneur". Il s'est toujours considéré comme un
simple mortel, et sa mission à ses propres yeux se bornait à la
prédication et à l'enseignement : "Dis à ceux qui ont reçu les
Écritures et aux hommes dépourvus de toute instruction : Vous
résignerez-vous à Dieu? S'ils le font, ils seront dirigés sur la
droite voie ; s'ils tergiversent, tu n'es chargé que de la
prédication<a href="#n6">6</a>." Lorsqu'il invitait le peuple à
embrasser l'islamisme, son langage était celui de la douceur et de
la persuasion.</p>
      <p>Le verset suivant nous offre un exemple frappant à l'appui de
notre thèse : "Dis aux juifs et aux chrétiens : O vous
qui avez reçu les Écritures, venons-en à un accommodement ;
n'adorons que Dieu seul et ne lui associons d'autres Seigneurs que
lui. S'ils s'y refusent, dis-leur : Vous êtes témoins
vous-même que nous nous résignons entièrement à la volonté de Dieu<a href="#n7">7</a>."</p>
      <p>Mahomet a toujours ménagé les croyances antérieures et les
moeurs établies. Il savait qu'il est des préjugés qu'un sage
législateur doit laisser subsister dans le peuple et qu'il est même
nécessaire pour le succès d'une bonnee cause de respecter ce qu'on
remplace. Le peuple n'aime pas qu'on bouleverse brusquement ses
légendes ; ceux qui vivent surtout de ces légendes et qui
tablent sur la bêtise populaire sont les pires adversaires des
réformateurs. C'est par voie de persuasion que Mahomet voulait
amener les diverses nations à se fondre en une seule et à former un
seul empire. La religion pour lui, au sens vrai et étymologique du
mot, était simplement un nouveau lien qu'il apportait à ses
conquêtes et qui devait en assurer la cohésion et la durée.</p>
      <p>"L'islam, disait-il, ressemble à un bâtiment, où chaque élément
soutient l'autre et concourt à la solidité de l'ensemble." Il
favorisait, dans ce but, les mariages entre musulmans, chrétiennes
et juives, permettant même à chacun des conjoints de conserver sa
propre religion. "D'ennemis que vous étiez, Dieu a réuni vos coeurs
et, par les effets de sa grâce, vous êtes devenus un peuple de
frères<a href="#n8">8</a>."</p>
      <p>C'est en effet le sentiment de fraternité universelle qui se
trouve au fond de toutes les conceptions de Mahomet, et c'est pour
l'avoir oublié que la puissance musulmane est déchue de sa grandeur
primitive. La méconnaissance de ces principes d'union et de
fraternités a été la principale cause de l'affaiblissement et de la
décadence des khalifes.</p>
      <p>Ainsi toute propagande s'appuyant sur d'autres moyens que la
persuasion et l'enseignement lui paraissait anti-politique et
anti-religieuse. Toute mesure pouvant exciter les haines et les
passions lui répugnait. Quiconque violente une foi faible commet un
crime de lèse-conscience et blesse le sentiment de la liberté.
C'est pourquoi il témoignait toujours les plus grands égards aux
juifs et aux chrétiens. Il les désignait sous le nom d'Hommes des
Écritures et ne faisait guère de distinction entre eux et les
musulmans.</p>
      <p>"Nous croyons aux Livres qui nous ont été envoyés ainsi qu'à
ceux qui vous ont été envoyés. Notre Dieu et le vôtre sont un."</p>
      <p>"Ceux qui croient et ceux qui suivent la religion juive, les
Sabéens et les chrétiens, quiconque croit en Dieu et qui fait le
bien ; tous ceux-là recevront une récompense de leur Seigneur,
seront à l'abri de toute crainte et ne seront point affligés<a href="#n9">9</a>."</p>
      <p>L'admirable verset qui suit, où il s'adresse aux savants et aux
bienfaiteurs de l'humanité, sans distinction de religion ni de
nationalité, montre bien de quelles larges idées, de quel sentiment
profond de tolérance religieuse il était animé : "Ceux d'entre
eux qui sont forts dans la science et les Croyants qui croient à ce
qui a été révélé à toi, à tous ceux-1à nous accorderons une
récompense magnifique."</p>
      <p>Le grand principe de l'islamisme est celui de la continuité, de
l'évolution et du progrès dans la religion même, principe qui n'est
point enfermé dans les bornes infranchissables d'un dogme étroit
et immuable. Mahomet admirait et honorait ses prédécesseurs, les
prophètes qui avaient répandu avant lui la bonne semence ; il
admettait pour l'avenir que toutes les grandes découvertes, toutes
les idées nobles pouvaient rentrer dans sa doctrine et faire partie
d'un islamisme toujours plus vrai et toujours plus bienfaisant.
Chaque religion était à ses yeux bonne pour l'époque qui l'avait
enfantée et professée. "Dis : Nous croyons en Dieu, à ce qu'il
a révélé à Abraham, Ismaël, Jacob et aux douze tribus ; nous
croyons aux Livres Saints que Moïse, Jésus et les prophètes ont
reçus du Ciel ; nous ne mettons aucune différence entre eux,
nous sommes résignés à la volonté de Dieu<a href="#n10">10</a>." Il
attribuait aux circonstances et aux nécessités du moment les
modifications survenues avec le temps dans les doctrines
religieuses. C'est ainsi que l'islamisme permet aux ulémas de
modifier les lois civiles et religieuses et même d'en abandonner
complètement quelques-unes<a href="#n11">11</a>, afin de les mettre
en harmonie avec les besoins nécessités par l'évolution
sociale.</p>
      <p>"Mahomet n'est pas, à proprement parler, un révolutionnaire, dit
M. Pierre Laffitte, il ne se donne pas comme porteur d'une religion
nouvelle. Son unique prétention est de perfectionner l'ancienne. Le
mosaïsme et le christianisme sont pour lui des états de plus en
plus parfaits de la seule, de la vraie religion, qui existe depuis
Abraham : l'islamisme. Il y a donc chez Mahomet un sentiment
profond de la continuité humaine, et le respect dont il fait preuve
à l'égard de ceux qu'il proclame ses prédécesseurs mérite d'être
reconnu et honoré<a href="#n12">12</a>."</p>
      <p>Il enveloppait du même respect les traces matérielles du passé,
les monuments élevés par les ancêtres. Il défendait qu'on en
utilisât les pierres pour la construction des maisons
particulières. Ces débris, disait-il, sont des signes d'une
civilisation disparue qu'il faut soigneusement conserver et
n'employer que pour la future édification morale. Mahomet
accordait, en effet, une importance prépondérante â la morale. Sa
venue sur la terre avait pour but principal, disait-il, d'assurer
le règne de la morale, qui, avec la bravoure, lui paraissait
constituer les deux vertus suprêmes où l'islamisme devait puiser
sa force pour relever l'homme et la nation.</p>
      <p>Dans une proclamation très remarquable, adressée aux
gouverneurs, mais trop longue pour être entièrement reproduite ici,
il recommandait qu'on respectât les églises, les synagogues et les
terrains qui en dépendent, et qu'on protégeât les religieux
attachés à ces lieux<a href="#n13">13</a>.</p>
      <h2>IV</h2>
      <p>On m'objectera peut-être que Mahomet a prêché la <i>guerre
sainte ; mais</i> n'oublions pas que les <i>infidèles</i>
qu'il voulait frapper n'étaient point des chrétiens ou des juifs.
L'expression de Keafir, par laquelle on les désigne encore
habituellement et d'où est venu le terme vulgaire de giaour<a href="#n13">13</a>
ne s'applique qu'aux barbares idolâtres, à ceux
qui ne sont pas <i>hommes des Écritures,</i> et c'est ainsi que ce
terme a pris également la signification d'impie et d'ingrat. Du
reste, le verset suivant donne le sens exact du mot <i>infidèle</i>
dans le Coran. "Les gens de l'Évangile jugeront selon l'Évangile.
Ceux qui ne jugeront pas d'après un Livre de Dieu sont infidèles".
Loin d'envelopper les juifs et les chrétiens dans le même anathème,
il fit appel, au contraire, à leur concours pour combattre les
infidèles. Il désirait une sorte d'alliance entre les <i>religions
des Écritures</i> contre les <i>impies idolâtres.</i> Il s'agissait de briser l'opposition de tous ceux qui faisaient
obstacle à la formation d'une puissante unité politique.</p>
      <p>La guerre, pour Mahomet, était donc une nécessité passagère
plutôt qu'un devoir religieux, un moyen pour combiner le dogme avec
l'organisation sociale. Le rôle de la guerre dans les premiers
siècles de l'islamisme fut un rôle essentiellement politique ayant
pour but le groupement des tribus isolées. Elle fut déclarée non
seulement aux idolâtres et aux chrétiens, mais à tous les musulmans
qui cherchaient à diviser les nations et à porter ainsi atteinte au
grand problème de l'unité islamique. Cependant, tout en prêchant la
guerre sainte, Mahomet rappelle qu'on ne doit pas oublier la
justice et l'humanité, ni provoquer ceux qui ne vous attaquent
point. "Combattez dans la voie de Dieu contre ceux qui vous font la
guerre ; mais ce commettez pas d'injustice en les attaquant
les premiers, car Dieu n'aime pas les agresseurs. Ne leur livrez
point de combats auprès de l'oratoire sacré, à moins qu'ils ne vous
y attaquent<a href="#n15">15</a>". "O croyants ! lorsque vous
marchez, pour la guerre sainte, pesez vos démarches. Que la soif
des biens de ce monde ne fasse pas dire à celui que vous rencontrez
et qui vous adressera le salut : c'est un infidèle. Examinez
donc avant d'agir<a href="#n16">16</a>."</p>
      <p>Dans la pensée de Mahomet, ces guerres saintes n'avaient
d'ailleurs pas et ne devaient pas avoir le caractère farouche et
sanguinaire qu'on leur a trop souvent attribué. Les ulémas, chez
nous, n'ont jamais brûlé les hérétiques ni même les infidèles. Le
meurtre d'un chrétien, loin d'être recommandé, comme l'a fait
croire un absurde et malveillant préjugé trop longtemps répandu,
est, au contraire, un acte sévèrement repoussé par le <i>Coran.</i> "Ne tuez point les hommes, dit-il, excepté si la justice
l'exige<a href="#n17">17</a>." Sa sollicitude va jusqu'à protéger
les animaux contre les instincts destructeurs, de l'homme. Très
tendre surtout pour les animaux domestiques qui sont souvent plus
utiles à la société qu'un monarque indolent et paresseux, il défend
à tout pèlerin se rendant â la Mecque de se livrer à la chasse à
l'époque de l'incubation. "Quiconque d'entre vous aura tué un
animal de propos délibéré sera puni comme s'il avait tué un animal
domestique<a href="#n18">18</a>."</p>
      <p>C'est une action charitable, en Orient, d'acheter aux marchands
des oiseaux pour leur donner la liberté, de nourrir les chiens qui
n'ont pas de maître ou qui sont malades et estropiés.</p>
      <p>Si pour défendre l'islamisme je cherchais des exemples de
barbarie dans d'autres religions, il me serait facile de citer les
croisades qui, inspirées par le sentiment religieux, n'en ont pas
moins présenté tous les caractères d'une guerre barbare avec toutes
les conséquences sanguinaires qu'entraîne une agression
fanatique.</p>
      <p>En parlant de la guerre sainte chez les musulmans, mon éminent
maître, M. Pierre Laffitte, s'exprime ainsi : "Mais faut-il
croire que par là Mahomet a allumé dans l'âme de ses disciples une
rage de persécution, une fureur de sang, que les succès les plus
persistants n'ont pu éteindre. Rien n'est plus contraire à la
vérité.</p>
      <p>"Si aucune religion n'a compté des triomphes plus rapides et
plus éclatants, aucune ne s'est montrée plus généreuse et plus
tolérante. Les musulmans ont entrepris la conquête du monde, mais
là s'arrête leur crime, qui est celui de tous les conquérants. Sans
rappeler que presque partout où ils ont porté leurs armes, ils ont
rempli une mission civilisatrice, nous dirons que jamais ils ne se
sont faits les persécuteurs du peuple conquis. En déclarant la
guerre aux infidèles, ils leur donnaient le choix entre trois
choses : 1° ou d'embrasser le mahométisme, et dans ce cas ils
participaient immédiatement à tous les droits et à tous les
privilèges des musulmans ; 2° ou de se soumettre et de payer
un léger tribut, et alors il demeuraient libres de professer leur
religion, pourvu qu'elle n'eût rien de contraire à la morale ;
3° ou enfin de se battre. Où trouve-t-on dans cette conduite la
férocité implacable, le fanatisme barbare dont on s'est plu à doter
les disciples de Mahomet ? Le Prophète a-t-il ordonné comme Moïse
qu'on exterminât jusqu'au dernier homme des sept peuples de Canaan ?</p>
      <p>"Où sont ces atrocités épouvantables qui nous ont valu tant de
tirades larmoyantes et éveillé si longtemps la compassion indignée
des âmes sensibles ? Nous voudrions pour le catholicisme qu'il eût
toujours fait preuve envers ses adversaires de la tolérance, de la
longanimité, de la douceur, dont l'islamisme n'a cessé d'être animé
à l'égard des siens. Nous voudrions pour lui qu'il eût à montrer
dans son passé plus d'un Mahmoud et plus d'un Akbar. Il est
vraiment plaisant de la part de ceux qui ont inventé l'inquisition
et les dragonnades et mis toutes les tortures au service de leur
foi de venir parler de persécutions et de cruautés<a href="#n19">19</a>."</p>
      <p>Qui ne connaît le discours d'Abou-Bekr, au moment où il allait
entreprendre la conquête de la Syrie ? Il recommande à ses troupes
de combattre bravement et loyalement, de ne pas user de perfidie
envers les ennemis, de ne pas mutiler les vaincus, de ne tuer ni
les femmes ni les enfants, ni les vieillards, de ne pas brûler les
moissons, de ne pas couper les arbres, etc. C'est dans ce but que
le Divan-ul-Harb (conseil de guerre) fut établi, chez les
musulmans, pour juger les officiers de l'armée qui n'observaient
pas ces préceptes. On voit donc que les successeurs de Mahomet ont
prêché et pratiqué l'humanité et la tolérance dans la plus large
mesure, et, certes, ces hommes n'étaient conduits à professer de
tels principes ni par faiblesse ni par crainte.</p>
      <p>L'abbé de Broglie, parlant d'Abou-Bekr et d'Omar, dit :
"Ces deux Arabes, appelés à gouverner un immense empire, n'ont pas
été au-dessous de leur tâche et se sont montrés fermes, justes,
sobres, énergiques et infiniment supérieurs aux empereurs et
gouverneurs chrétiens qu'ils combattaient<a href="#n20">20</a>."</p>
      <p>M. Estoublon, professeur de droit musulman à Paris, confirme
cette opinion. Il disait encore dernièrement à l'un de ses cours
que "la condition sociale des mécréants était certainement
inférieure à celle des musulmans, ce qui explique le grand nombre
de conversions à l'islamisme. Si la soumission était imposée par la
force, ajoutait-il, la conversion ne le fut jamais, quoique
l'opinion courante soit dans le sens contraire. Les lois, que
l'islam considère comme partie intégrante de la religion, ne furent
point imposées non plus." Le fanatisme politique est, en effet,
aussi étranger que le fanatisme religieux aux principes de
l'islamisme. "Point de violence, dit le Coran, en matière de
religion. La vérité se distingue assez de l'erreur<a href="#n21">21</a>."</p>
      <p>Si l'on compare les débauches, la tyrannie et l'intolérance
byzantines avec la continence, la justice et la tolérance des
musulmans de la même époque, on ne sera pas surpris que l'islamisme
ait pris en ces temps-là une si prodigieuse extension.</p>
      <h2>V</h2>
      <p>La guerre, où l'on recommandait sévèrement d'observer la justice
et la tolérance envers les vaincus, eut également une influence
considérable sur le développement moral des vainqueurs. En
éveillant chez eux la virilité et la bravoure, elle leur enseigna
en même temps le respect de la règle, la discipline et la
soumission à un chef dont les mérites et la supériorité s'étaient
fait reconnaître de tous.</p>
      <p>On a raison de condamner la guerre lorsqu'elle est provoquée par
l'ambition ou par la haine, car elle ne peut produire alors que de
funestes effets. Mais on doit reconnaître qu'une guerre juste, qui a
pour objet la sécurité publique, la défense du droit et de la
liberté du citoyen ou qui est faite dans un but humanitaire, tout
en exaltant chez l'homme ses plus nobles facultés, lui apprend à
subordonner ses affections personnelles aux exigences du salut et
du bonheur de tous.</p>
      <p>En ce moment où les peuples les plus civilisés, les puissances
les plus chrétiennes, sont armés jusqu'aux dents, il est étrange de
voir les gens critiquer la guerre sainte que Mahomet avait prêchée
pour les causes que je viens d'indiquer.</p>
      <p>La grande valeur civilisatrice de la féodalité en Europe est née
du contact même des chevaliers chrétiens avec les guerriers
musulmans. La généreuse conduite de Saladin est restée comme un
exemple moral chez la noblesse occidentale.</p>
      <p>J. de Maistre, un chrétien, profond penseur, avait parfaitement
compris le rôle bienfaisant de la guerre.</p>
      <p>"Le métier de la guerre, disait-il, ne tend nullement à
dégrader, à rendre féroce ou dur, au moins celui qui
l'exerce ; au contraire, il tend à le perfectionner. L'homme
le plus honnête est ordinairement le militaire honnête... Un
peuple moral et austère fournit toujours d'excellents soldats,
terribles seulement sur le champ de bataille. La vertu, la piété
même s'allient très bien avec le courage militaire... Non seulement
l'état militaire s'allie fort bien en général avec la moralité de
l'homme, mais, ce qui est tout à fait extraordinaire, c'est qu'il
n'affaiblit nullement ces vertus douces qui semblent le plus
opposées au métier des armes<a href="#n22">22</a>."</p>
      <p>C'est ce que Vauvenargues avait résumé en disant : "La paix
rend les peuples plus heureux et les hommes plus faibles". Renan a
reconnu aussi cette vérité. Le passage suivant qui en témoigne peut
servir de réponse à ceux qui accusent les musulmans d'avoir fondé
leur puissance par l'épée :</p>
      <p>"Si la sottise, la négligence, la paresse, l'imprévoyance des
États n'avaient pour conséquence de les faire battre, il est
difficile de dire à quel degré d'abaissement pourrait descendre
l'espèce humaine.</p>
      <p>"La guerre est de la sorte une des conditions du progrès, le
coup de fouet qui empêche un pays de s'endormir, en forçant la
médiocrité satisfaite d'elle-même à sortir de son apathie<a href="#n23">23</a>."</p>
      <p>Si j'insiste un peu sur le rôle de la guerre, c'est parce que la
guerre a été une des raisons de l'existence même de l'Empire
ottoman. Un peuple qui a de telles origines risque de s'affaiblir
lorsqu'il cesse, sans transition, d'être une puissance militaire.
Autrefois, les chefs de nos armées se recrutaient parmi les grands
caractères de la nation. Leur virilité morale tenait tête au
despotisme du souverain que le prince Malcom Khan a formulé sous
l'heureuse dénomination du despotisme d'Asie<a href="#n24">24</a>.
Aussi, lorsqu'une série de défaites vint entraver leur salutaire
influence, la tyrannie du sultan s'exerça dans tous les sens, sans
contrôle.</p>
      <p>L'intolérance est donc complètement étrangère au principe
islamique ; elle n'a rien de commun avec la guerre sainte.
Mahomet et les khalifes de la grande époque considérèrent l'armée
bien moins comme un élément de destruction que comme un ressort
moral qui devait préserver l'humanité de la corruption. Leurs
guerriers laissaient partout sur leur passage, avec des souvenirs
d'honneur, des marques d'un incontestable respect pour les
croyances d'autrui.</p>
      <p>Que l'on compare un instant la prise de Jérusalem par Omar avec
celle de la même ville par les Croisés et la conquête de
Constantinople, pays chrétien à cette époque, par les Croisés, avec
la prise de cette ville par Mahomet II.</p>
      <p>Il est superflu, d'autre part, de mettre en parallèle les Arabes
et les chrétiens qui se disputèrent l'Espagne. On sait comment se
sont conduites à Rome même les armées qui envahirent tour à tour
l'Italie.</p>
      <p>Lorsque Omar entra à Jérusalem en conquérant, il ne fit aucun
mal aux chrétiens. Comme il se reposait devant le Saint-Sépulcre,
l'heure de la prière sonna. Bien que tout puissant et maître de la
ville, il n'en demanda pas moins au patriarche Elias la permission
d'entrer dans l'édifice pour y faire ses dévotions. Il donnait par
là l'exemple le plus éclatant du respect pour les croyances d'une
nation vaincue. Tous les lieux sacrés, temples, églises, sources et
autres objets de la vénération des chrétiens furent également
respectés et même honorés. "Le Coran, dit Michaud, qui commande de
combattre la religion avec l'épée, est tolérant pour les religieux.
Il a exempté de l'impôt les patriarches, les moines et leurs
serviteurs ; Mahomet défendit spécialement de tuer les moines,
parce que ce sont des hommes de prière. Quand Omar s'empara de
Jérusalem, il ne fit aucun mal aux chrétiens. Quand les Croisés se
rendirent maîtres de la Ville sainte, ils massacrèrent sans pitié
les musulmans et brûlèrent les juifs<a href="#n25">25</a>."</p>
      <p>"Les musulmans sont les seuls enthousiastes, dit à son tout
Robertson, qui aient uni l'esprit de tolérance avec le zèle du
prosélytisme et qui, en prenant les armes pour propager la doctrine
de leur prophète, aient permis à ceux qui ne voulaient pas la
recevoir de rester attachés aux pratiques de leur culte<a href="#n26">26</a>."</p>
      <h2>VI</h2>
      <p>Si l'on veut se souvenir que musulman est synonyme de
"muvehhidine" c'est-à-dire "adorateurs de l'Unité", on ne
s'étonnera pas que Mahomet, qui a rêvé l'union de tous les hommes
dans la même pensée, ait usé envers eux tous de la plus large
tolérance. Pour le succès de l'idée qu'il voulait propager, il
érigea même cette tolérance en acte de foi. Dans ce but il donna à
la religion qu'il enseignait non pas le nom de mahométisme, qui
aurait dénoté quelque ambition personnelle, mais celui
d'islamisme ; et ce terme désignait et enveloppait dans sa
pensée tous ceux qui avec les juifs et les chrétiens des Écritures
ne croyaient qu'en un seul Dieu.</p>
      <p>La liberté de culte et la tolérance étaient si grandes sous la
domination des musulmans en Espagne et à Bagdad, que non seulement
les juifs, persécutés et martyrisés partout ailleurs, venaient
chercher un refuge auprès des khalifes, mais que de grands
écrivains, d'illustres philosophes trouvaient chez eux une
hospitalité bienveillante et éclairée. Les ouvrages d'Averroès, qui
furent mis à l'index par la Sorbonne, comme entachés de
matérialisme, étaient au contraire lus et estimés, à la même
époque, dans le monde musulman tout entier. Après la prise de
Grenade, en 1492, Ferdinand et Isabelle chassèrent de la ville tous
les habitants qui ne professaient pas la religion chrétienne et
livrèrent aux flammes plus d'un million de manuscrits arabes
pendant qu'on brûlait ailleurs les ouvrages de Galilée. Ce n'est
pas Omar qui a incendié, ainsi qu'on le répète si souvent, la
bibliothèque d'Alexandrie. Ed. Quinet, Renan et le docteur Draper
ont fait depuis longtemps justice de cette absurde calomnie.</p>
      <p>Ce respect et cette tolérance ne se bornaient pas seulement aux
objets matériels et religieux, ils s'étendaient à toutes les
conceptions philosophiques et pénétraient jusqu'au domaine plus
intime de la conscience. Loin d'imposer une foi aveugle, Mahomet
voulait que ses disciples se rendissent un compte exact des raisons
qui les poussaient à adopter ses préceptes. Les khalifes
supportaient même les objections que le doute ou l'esprit de
critique pouvaient élever contre l'islamisme. Nulle part et à
aucune époque une plus large tolérance ne fut mise au service des
grandes idées directrices de l'Humanité. Elle constitua même la
plus grande force de l'islam dans sa mission civilisatrice.</p>
      <h2>VII</h2>
      <p>Comment une doctrine qui fut un élément si puissant de
régénération et de progrès est-elle devenue aujourd'hui entre les
mains de quelques fanatiques ignorants, hypocrites et malveillants,
un instrument d'intolérable tyrannie ? Question redoutable sur
laquelle j'appelle l'attention du khalife actuel et dont la
solution contribuerait plus que toute autre réforme au relèvement
du monde musulman.</p>
      <p>N'est-ce pas un signe de décadence profonde que de voir des gens
mal renseignés ou mal intentionnés qui se disent pourtant
musulmans, s'opposer à toute critique des croyances religieuses et
interdire de les soumettre aux lumières de la philosophie et de la
raison ?</p>
      <p>Un verset très remarquable, mais mal rendu dans toutes les
traductions françaises que j'ai pu consulter, ordonne aux musulmans
"de ne pas se laisser entraîner à croire aux choses qui ne sont pas
contrôlées par la science<a href="#n27">27</a>."</p>
      <p>Les musulmans des premiers siècles de l'Hégire cherchaient à
expliquer et à comprendre tous les problèmes qui leur étaient
soumis. Il y avait parmi eux des savants israélites, chrétiens, et
même athées. Tous travaillaient ensemble à la recherche de la
vérité et essayaient de fonder leurs doctrines sur les données de
l'expérience et de la raison. Leurs divergences d'opinion, leurs
discordes même devaient servir, d'après une parole de Mahomet, au
bonheur et à la prospérité de la nation.</p>
      <p>On considérait à cette époque la valeur réelle d'une oeuvre sans
se soucier de l'origine de l'auteur. On préférait la main qui sème
la vérité à celle qui égrène inutilement un chapelet. Il n'était
point nécessaire d'être croyant pour servir l'islam. Ceux qui
croient aujourd'hui le défendre en attaquant, à cause de leurs
idées libérales, les hommes qui le servent le mieux, prouvent
qu'ils n'ont rien compris à la tolérance musulmane et qu'ils sont
eux-mêmes indignes de l'islam.</p>
      <p>"La liberté de penser, de parler et d'écrire est le soutien d'un
gouvernement ; elle ne paraît dangereuse qu'à celui qui se
croit intéressé à n'avoir ni justice ni raison<a href="#n28">28</a>."</p>
      <p>Pour donner enfin un exemple frappant de la liberté de pensée et
de la tolérance religieuse que les musulmans accordaient même à
l'époque de leur grandeur, je reproduirai ici un récit extrait de
<i>l'Islamisme et la Science</i> de Renan :</p>
      <p>"Un docteur de Kairoan demanda à un pieux théologien espagnol,
qui avait fait le voyage de Bagdad, si, pendant son séjour dans
cette ville, il avait assisté aux séances des <i>
Mutekellimin.</i>
      </p>
      <p>-- J'y ai assisté deux fois répond l'Espagnol, mais je me suis
bien gardé d'y retourner. -- Et pourquoi ? lui demanda son
interlocuteur. -- Vous allez en juger, répondit le voyageur. À la
première séance à laquelle j'assistai, se trouvaient non seulement
des musulmans de toute sorte, orthodoxes, et hétérodoxes, mais
aussi des mécréants, des guèbres, des matérialistes, des athées,
des juifs, des chrétiens ; bref, il y avait des incrédules de
toute espèce. Chaque secte avait son chef, chargé de défendre les
opinions qu'elle professait, et, chaque fois qu'un de ces chefs
entrait dans la salle, tous se levaient en signe de respect et
personne ne reprenait sa place avant que ce chef se fût assis. La
salle fut bientôt comble, et lorsqu'on se vit au complet, un des
incrédules prit la parole : "Nous sommes réunis pour
raisonner, dit-il. Vous connaissez toutes les conditions. Vous
autres, musulmans, vous ne nous alléguerez pas des raisons tirées
de votre livre ou fondées sur l'autorité de votre prophète ;
car nous ne croyons ni à l'un ni à l'autre. Chacun doit se borner à
des arguments tirés de la raison". Tous applaudirent à ces paroles.
Vous comprenez, ajouta l'Espagnol, qu'après avoir entendu de telles
choses, je ne retournai plus dans cette assemblée. On me proposa
d'en visiter une autre ; mais c'était le même scandale."</p>
      <h2>VIII</h2>
      <p>Si les Turcs, héritiers des Arabes, n'ont pas suivi de tout
temps les traditions de la civilisation islamique, ils n'en ont pas
moins été imprégnés des idées morales que Mahomet avait semées dans
tout l'Orient. Dans leurs expéditions guerrières, ils ont toujours
respecté les croyances des vaincus, à qui ils accordaient le droit
d'administrer leurs écoles et leurs églises. "Sous Sélim, dit
Michelet, sous les autres sultans, spécialement sous Soléïman, les
Turcs ont enseigné aux chrétiens la modération dans la guerre et la
douceur dans la victoire. En 1526, deux cent mille hommes
traversèrent tout l'Empire, par les routes, évitant tous les champs
labourés et sans prendre un brin d'herbe<a href="#n29">29</a>."</p>
      <p>L'armée turque, contrairement aux calomnies dont on l'a abreuvée
en ces derniers temps, n'a jamais cessé d'être honnête et
tolérante. Si aujourd'hui ses vertus sont parfois compromises, la
faute en est au sultan, qui lui a donné pour chefs des favoris
corrompus. Troupe indisciplinée et insoldée, la démoralisation a
porté atteinte, dans quelques contrées, à son antique prestige.
Elle est devenue inconsciemment l'instrument du despotisme et de
l'intolérance d'un seul.</p>
      <p>J'ai mis plus haut en parallèle les deux conquêtes de
Constantinople, d'abord par les Croisés et ensuite par Mahomet II.
Il est intéressant de lire le remarquable chapitre que Hammer a
consacré à ce sujet. M. de Castries vient de le résumer dans un
article dont j'extrais le passage suivant : "Loin de
persécuter les Grecs pour leur religion, Mahomet II fit procéder
par les archiprêtres et les notables à l'élection du patriarche,
dont le siège était vacant depuis un an. Gennadius, ayant été élu,
fut comblé d'honneur par le sultan qui, non seulement le confirma
dans tous les anciens privilèges attachés à cette dignité, mais
encore le reconnut comme le chef civil de la nation grecque.
Joachim, le patriarche arménien, obtint les mêmes pouvoirs sur ses
coreligionnaires. Aux uns comme aux autres, le vainqueur accorda
les plus grandes franchises ; ils conservèrent le libre et
public exercice de leur culte, leur langue, leurs lois civiles,
leurs tribunaux et leurs écoles. La tolérance de Mahomet II
s'étendit jusqu'aux juifs ; il reconnut au grand rabbin
l'autorité civile et religieuse sur sa communauté, et, tandis que
l'Europe persécutait les Israélites et que l'Inquisition les
chassait d'Espagne, Salonique leur ouvrait ses portes et les
accueillait en masse<a href="#n30">30</a>."</p>
      <p>Voltaire, qui n'est pas suspect de partialité à l'égard des
Turcs, reconnaît qu'ils usèrent à toute époque de la plus large
tolérance envers les chrétiens. "Sortons de notre petite sphère,
dit-il, et examinons le reste de notre globe. Le Grand-Turc
gouverne en paix vingt peuples de différentes religions ; deux
cent mille Grecs vivent en sécurité dans Constantinople. Le mufti
nomme et présente au sultan le patriarche grec ; on y souffre
un patriarche latin. Le sultan nomme des évêques. Cet empire est
rempli de jacobites, de nestoriens, de monothélites ; il y a
des coptes, des chrétiens de Saint-Jean, des juifs, des guèbres.
Les annales turques ne font mention d'aucune révolte excitée par
aucune de ces religions. Allez dans la Judée, dans la Perse, dans
la Tartarie, vous y verrez la même tolérance et la même
tranquillité<a href="#n31">31</a>."</p>
      <p>Les voyageurs qui ont visité Constantinople et la Turquie, non
pas en compagnie des guides attachés aux hôtels, presque tous
appartenant aux confessions hostiles à l'islamisme, mais avec des
musulmans ou bien même sans cicérone aucun, ont pu constater de
leurs propres yeux que les Turcs sont exempts de fanatisme et n'ont
jamais touché à un chrétien pour des motifs de religion. "Il est
triste, dit l'abbé Michon, pour les nations chrétiennes que la
tolérance religieuse, qui est la grande loi de charité de peuple à
peuple, leur ait été <i>enseignée</i> par les musulmans<a href="#n32">32</a>."</p>
      <p>De peur d'être accusé de partialité, je me garderai d'aller
chercher mes arguments chez les historiens turcs. Je ne citerai
pas, non plus, les auteurs chrétiens qui se sont déclarés
ouvertement turcophiles. L'aveu d'adversaires reconnus par leur
autorité et leur impartialité constitue en général le meilleur
appui à une thèse.</p>
      <p>Lord Byron, qui excitait le monde chrétien contre les Turcs pour
obtenir l'indépendance de la Grèce, reconnaissait les nobles
qualités du peuple qu'il attaquait. "Les Turcs, disait-il, ne sont
ni trompeurs, ni lâches, ni assassins ; ils ne brûlent pas les
hérétiques ; ils sont fidèles à leur sultan jusqu'à ce qu'il
devienne incapable de régner, et à leur Dieu, toujours, sans
inquisition<a href="#n33">33</a>."</p>
      <p>Thiers, qui encourageait Mehmed Ali d'Égypte contre les Turcs et
qui rêvait d'occuper la Syrie, disait : "Parmi les races qui sont en lutte en Orient, la race turque est
celle qui offre le plus de ressources, qui a le plus de caractère
et qui se trouve être la moins haïe de toutes les autres."</p>
      <p>Gabriel Charmes, qui menaçait l'Europe d'une invasion musulmane,
résultat probable de la politique panislamique du sultan actuel,
affirme que : "La masse turque est foncièrement honnête et
d'une loyauté à toute épreuve ; elle ne se corrompt, dit-il,
qu'à mesure qu'elle s'élève ; chez les chrétiens, au
contraire, le vice apparaît du haut en bas de l'échelle sociale<a href="#n34">34</a>."</p>
      <h2>IX</h2>
      <p>Il est très vrai, en effet, que chez le peuple turc, les
villageois, les paysans d'Anatolie ont des qualités morales
supérieures à celles des fonctionnaires généralement corrompus des
grandes villes de l'Empire. Aussi ceux qui, politiquement parlant,
appartiennent à ce parti progressiste qu'on appelle "la Jeune
Turquie" mettent quelque fierté à se réclamer, pour la moralité et
l'honnêteté, de ces villageois qui sont considérés comme étant de
"Vieux Turcs". M. Dutemple et M. Bosworth-Smith donnent à
l'affirmation de M. Gabriel Charmes une explication inattendue.
"Les hommes de race turque, dit le premier, sont d'autant meilleurs
qu'ils ont eu moins de rapports avec les Européens<a href="#n35">35</a>."</p>
      <p>"Le vrai Osmanli, dit le second, a une nature noble, et le
sentiment patriotique ; il était, jusqu'à l'époque où les
préceptes des financiers de l'Ouest l'ont influencé, un homme
d'honneur. Sa parole était un engagement et cet engagement devenait
une sécurité de premier ordre. Il est encore sobre, réservé, digne
et courageux<a href="#n36">36</a>."</p>
      <p>M. William Martin, un ingénieur de Lausanne, qui a été pendant
huit ans en Anatolie, disait encore tout récemment, dans une
conférence qu'il a faite à la Société de géographie de
Genève : "De tous ces peuples divers, ce sont toujours les
Turcs qui sont les plus honnêtes et ceux avec lesquels on traite le
plus volontiers ; et si l'on a chance d'arriver dans un
village qui n'ait pas encore été en contact avec les étrangers, on
apprend à y connaître ce qu'est la vraie hospitalité. Il faut
cependant ajouter que l'honnêteté du Turc est en raison inverse de
son degré de civilisation, et qu'il faut surtout ne pas attribuer
cette vertu aux employés du gouvernement<a href="#n37">37</a>."</p>
      <p>Qu'on me permette d'ajouter à tant de citations en faveur du
peuple turc un dernier plaidoyer fourni par un auteur dont la
compétence est universellement reconnue :</p>
      <p>"Sur le côté asiatique du Bosphore, notamment autour de
l'Olympe, où la race est moins mélangée qu'ailleurs, les Osmanlis
se montrent encore avec leurs qualités naturelles.</p>
      <p>"Le Turc que l'usage du pouvoir n'a pas encore corrompu, que
l'oppression n'a pas avili, est certainement un des hommes qui
plaisent le plus par l'ensemble des qualités. Jamais il ne
trompe : honnête, probe, véridique, il est pour cela même
tourné en dérision ou pris en pitié par ses voisins, le Grec, le
Syrien, le Persan, le Haikane. Très solidaire avec les siens, il
partage volontiers, mais il ne demande point ; quoi qu'on
dise, l'emploi du haschich est bien plus grand en Europe que dans
les pays d'Orient, en dehors des villes où se presse la foule des
Levantins. Est-il un voyageur, même parmi les plus fiers ou les
plus méfiants, qui n'ait été profondément touché de l'accueil
cordial et désintéressé du villageois turc ?</p>
      <p>"Respectueux, mais sans bassesse, comme il convient à un homme
qui se respecte lui-même, il ne fait point de questions
indiscrètes ; d'une tolérance absolue, il se garde d'engager
aucune discussion religieuse ; il lui semblerait malséant
d'interroger l'hôte sur les secrets de la conscience<a href="#n38">38</a>."</p>
      <h2>X</h2>
      <p>Comment se fait-il donc que le contact des Turcs avec les
Européens, au lieu d'être utile aux premiers, agisse au contraire
sur eux d'une façon néfaste ? Ici, encore par convenance, je laisse
à un écrivain étranger la douloureuse tâche de raconter le mal que
font les flibustiers effrontés, les commerçants sans scrupule, et
les agitateurs intéressés qui nous viennent du dehors.</p>
      <p>On sait trop les traitements barbares infligés aux indigènes
dans la plupart des colonies européennes. Les débats des
Parlements, depuis quelques années, nous en ont présenté le lugubre
tableau. Or, on ne peut pas demander à ces étrangers qui exploitent
leurs propres sujets d'être plus sensibles et plus équitables pour
les Turcs : "Les spéculateurs qui se jetèrent comme des
oiseaux de proie sur ce beau et riche pays, écrivait M. Wanda, ont
éveillé les sentiments d'animosité que l'on attribue si faussement
au fanatisme. Armés de duplicité, de mauvaise foi et d'insolence,
ils guerroyèrent pour assurer le succès de leur entreprise et de
leurs réclamations arbitraires. La diplomatie, comme un corps de
réserve, se tenait prête à les assister dans les bonnes et les
mauvaises causes. L'étranger gagnait toujours, quelque véreuses que
fussent ses affaires ; le Turc perdait contre toute justice,
puis il payait de son argent, de sa liberté, de sa santé,
quelquefois de sa vie, car le Pacha n'osait, pour défendre le bon
droit, résister à la pression qu'il fallait adoucir et faire cesser
en cédant bon gré mal gré. Les autorités musulmanes gouvernaient le
pays, les autorités consulaires chrétiennes l'exploitaient à leur
gré. Cette manière d'agir des Européens ne pouvait pas éveiller la
sympathie et la confiance de Turcs pour une civilisation qui ne se
traduisait pour eux que par des injustices. Voilà où il faut
chercher le véritable motif de l'aversion et de la rancune des
Turcs plutôt que dans le fanatisme religieux<a href="#n39">39</a>."</p>
      <p>Herbert Spencer confirme cette vérité d'une façon plus générale
et plus philosophique. "L'expérience d'une foule de voyageurs
prouve, dit-il, que presque toutes les races non civilisées se
montrent très bienveillantes à la première visite, et que les
dispositions hostiles qu'elles témoignent parfois plus tard ne sont
que les représailles du mal que leur ont fait les races
civilisées<a href="#n40">40</a>."</p>
      <p>Cette méfiance ne se manifeste pas seulement à l'égard des
exploiteurs étrangers, mais aussi, depuis quelque temps, contre
certains chrétiens d'Orient, qui, par suite de leur conversion au
catholicisme ou au protestantisme, sont passés sous la protection
spirituelle des puissances étrangères. C'est, du reste, pour
profiter de cette protection corruptrice que la plupart d'entre eux
changent de confession. Les missionnaires européens et américains
qui envahissent l'Orient, tout en attaquant les religions de
l'État, font espérer aux convertis, comme prime d'encouragement, la
protection de leurs gouvernements respectifs dans les affaires
commerciales. Ils sèment ainsi des haines et des discordes entre
les peuples de religions différentes<a href="#n41">41</a> et poussent parfois les musulmans à des violences qui répugnent
cependant à leur caractère et à leurs croyances.</p>
      <p>Que vont faire en Orient ces missionnaires rejetés par
l'Occident civilisé ? Dans quelles intentions abandonnent-ils leurs
pays respectifs où cependant la misère et l'incrédulité de leurs
frères offriraient à leur ardent amour de <i>l'humanité</i> un
vaste champ d'exploitation. "La propagation de la foi, dit M.
Foncin, est le but primordial des missions ; l'enseignement du
français ne peut être envisagé par elles que comme un moyen de
concourir à ce but<a href="#n42">42</a>."</p>
      <p>Dans certaines localités, les missionnaires français
n'enseignent même pas la langue et, lorsqu'ils se décident à donner
cet enseignement, c'est dans le but de bénéficier des budgets
affectés aux écoles françaises d'Orient. La principale
préoccupation de certains missionnaires est, sans contredit, leur
bien-être ; ce n'est que subsidiairement qu'ils s'attachent à
propager la religion. Au service de leurs desseins ils subordonnent
tout principe d'équité, souvent même les convenances les plus
élémentaires.</p>
      <p>Pour arriver à leur but, ils ne reculent devant rien, et,
lorsqu'ils rencontrent des difficultés, leurs consuls et leurs
ambassadeurs les protègent énergiquement.</p>
      <p>Le gouvernement britannique, qui les a toujours soutenus,
parfois non sans quelque impertinence, a avoué lui-même, par la
bouche de Sir H. Bulwer, son ambassadeur à Constantinople, que "les
zélateurs du protestantisme mettaient gratuitement la Bible dans la
main des musulmans, la répandaient avec <i>ostentation</i> dans les
rues, sur les bateaux à vapeur et que, parmi les livres qu'ils
prodiguaient ainsi autour d'eux, il y en avait <i>d'offensants</i>
pour les sectateurs de l'islam<a href="#n43">43</a>."</p>
      <p>Le grand vizir Aali Pacha faisait aux représentants des grandes
puissances cette juste remarque : "Le principe de la tolérance
religieuse ne peut pas, à nos yeux, être concilié avec l'agression
publique contre aucune religion, c'est-à-dire avec une propagande
qui insulte et injurie au lieu de respecter l'opinion d'autrui, et
qui ne craint pas d'avoir recours à la corruption quand elle ne
peut arriver à son but par la persuasion."</p>
      <p>Ce n'est donc pas sans éprouver le plus vif regret qu'on lit
dans les documents diplomatiques les réclamations que les
ambassadeurs ont à diverses reprises adressées à la Porte, au sujet
de ces missionnaires.</p>
      <p>Ces prétendus représentants de Dieu marchant nu-pieds et
nu-tête, qui vivent en parasites de la société, au sein de laquelle
ils sèment les dissensions de la discorde, sont de bien tristes
échantillons de la civilisation occidentale. Malgré tout, on
manifeste, chez nous, le plus profond respect pour les chefs
religieux chrétiens : le soldat de planton devant un édifice
public leur présente les armes comme à un supérieur. Lors donc que
ces religieux, trahissant en quelque sorte leur mission,
s'abaissent eux-mêmes jusqu'à troubler la paix d'une société qui
leur offre une si large hospitalité, il y a, me semble-t-il, quelque
injustice à s'en prendre aux Turcs des malheurs qui leur échoient
et qu'ils ont eux-mêmes provoqués. La tolérance et la patience ont
leurs limites ; le code musulman n'ordonne pas de tendre
l'autre joue à celui qui vous soufflette.</p>
      <p>De quel droit l'Europe exige-t-elle de nous des concessions
qu'elle n'accorde pas elle-même à ces missionnaires et
réclame-t-elle pour eux des passe-droits qu'elle ne tolère point
chez elle ?</p>
      <p>La liberté laissée dans les pays musulmans à l'exercice de la
religion chrétienne est certainement beaucoup plus grande que celle
que certains gouvernements chrétiens accordent, non à l'islamisme,
mais au culte de leurs propres sujets. Il me suffira de citer
l'Espagne, où l'exercice public des cultes non catholiques
rencontre encore de sérieuses entraves.</p>
      <p>Le gouvernement français lui-même, qui défend avec tant
d'acharnement l'intérêt des catholiques en Orient, pousse la
rigueur, lui aussi, jusqu'à interdire en France la circulation aux
processions religieuses.</p>
      <p>Les avantages et les facilités octroyés chez nous aux étrangers
font vraiment honneur au gouvernement ottoman. "Que M. Volney lise
nos capitulations avec les Empereurs turcs, desquelles il paraît
qu'il n'a pas une connaissance bien précise, disait de Payssonnel,
au siècle dernier, il verra s'il y a quelque autre monarque au
monde qui voulût nous traiter aussi favorablement<a href="#n44">44</a>."</p>
      <p>James Beker raconte dans son ouvrage sur la Turquie, qu'en
réprimandant un jour des jeunes missionnaires de Stamboul, qui
avaient parlé avec dédain des Turcs, leur maître leur dit :
"Vous verrez pratiquer ici les vertus dont nous parlons dans la
chrétienté."</p>
      <p>Mgr Turinaz, évêque de Nancy et de Toul, va encore plus
loin : "Jamais, dit-il, le catholicisme, ses évêques, ses
missionnaires, ses admirables religieuses n'ont été aussi libres et
aussi protégés qu'à Constantinople."</p>
      <p>En Occident, quand on rapporte des faits d'intolérance, on
s'imagine généralement que les musulmans interviennent directement
dans l'exercice du culte des chrétiens pour en arrêter ou troubler
la célébration. Mais nulle part au monde le prêtre ne possède des
prérogatives et une liberté aussi étendues qu'en Orient. Maître
absolu dans son église, il peut étendre en quelque sorte jusque
dans la rue le domaine de son pouvoir spirituel. Les patriarches,
chez nous, ne sont pas seulement des chefs spirituels, ils ont
aussi une autorité temporelle sur leurs coreligionnaires ;
administrateurs, juges en même temps qu'évêques, ils assistent dans
les provinces au grand Conseil civil du gouvernement. Une
communauté paroissiale a le droit, en Turquie, de sortir de son
église toutes bannières déployées, de traverser et d'encombrer les
rues d'une ville qu'elle emplit de ses chants et de ses homélies,
tandis que les sons bruyants et déchirants des cloches étouffent la
voix douce et mélodieuse des muezzins.</p>
      <p>Un peuple qui autorise en plein air le bruit et le déploiement
d'une religion qui n'est pas la sienne, peut-il être accusé
d'hostilité systématique, de fanatisme et d'intolérance ?</p>
      <h2>XI</h2>
      <p>On reproche souvent au gouvernement ottoman de ne pas employer
assez de raïas<a href="#n45">45</a> dans l'administration civile. Je répondrai que
l'article 9 du <i>Hatt</i> appelle tous les sujets de l'Empire aux
fonctions publiques, sans exception de nationalité. Celle loi a été
strictement observée jusqu'à nos jours. Si le nombre des
fonctionnaires chrétiens n'est pas plus considérable, c'est tout
simplement que la plupart des sujets non musulmans ignorent la
langue officielle du pays. Cette réserve s'étend, non seulement aux
chrétiens, mais à tous les musulmans arabes, albanais et kurdes qui
ne parlent pas le turc.</p>
      <p>La France, l'Angleterre et la Russie ont sous leur domination
des millions de musulmans ; il serait curieux de relever la
statistique comparée des hauts fonctionnaires choisis parmi les
populations soumises à ces puissances et celles qui relèvent de la
Turquie. On sait que les Israélites ne sont admis que depuis peu à
certains emplois en Europe. En France même, ils sont encore
aujourd'hui tenus à l'écart de la diplomatie.</p>
      <p>En Angleterre, les athées sont exclus du Parlement. "Pour la
première fois, depuis le règne de Jacques II, un catholique a été
nommé professeur d'une université nationale d'Angleterre<a href="#n46">46</a>."</p>
      <p>On a encore attribué au prétendu fanatisme des Turcs l'exclusion
de l'armée de tous les sujets chrétiens. Or, à l'époque de
l'établissement des réformes, en 1853, 1855 et 1876, le gouvernement
ottoman avait eu la pensée d'étendre le service militaire à tous
les chrétiens ; mais ceux-ci, conseillés par la Russie,
refusèrent de s'incorporer. En formant des régiments mixtes, le
gouvernement avait désiré confondre tous ses sujets en un seul
corps de nation et leur accorder les mêmes droits en leur imposant
à tous les mêmes devoirs. "Je ne veux reconnaître désormais, disait
le sultan Mahmoud, les musulmans qu'à la mosquée, les chrétiens
qu'à l'église, et les juifs qu'à la synagogue." Le sultan Abdul
Méjid, son fils avait donné encore plus d'extension à cette grande
idée. Dans un de ses voyages à Andrinople, il déclara au peuple
que, chrétiens ou musulmans, ils étaient tous sujets d'un même
gouvernement, concitoyens nés d'un même pays.</p>
      <p>Cette idée de consolider l'Empire en fusionnant les intérêts et
les forces de tous les citoyens, idée qui contribua jadis à la
fondation de l'empire arabe, était malheureusement en opposition
avec les visées politiques des grands États européens. La Russie
protesta la première.</p>
      <p>Le Prince Gortchakoff, dans son mémorandum du 7 janvier 1855,
condamnait nettement cette assimilation. Un autre mémorandum
adressé, en mars 1867, à la Sublime Porte demandait "la séparation
des intérêts des chrétiens de ceux des musulmans". Ces
interventions fâcheuses de la Russie, qui dissimulaient mal
certaines arrière-pensées politiques, furent loin de servir les
intérêts réels des chrétiens d'Orient.</p>
      <p>Il me semble que les affirmations que je viens de rapporter me
permettent de soutenir qu'aucune des puissances chrétiennes n'a
respecté autant que les Turcs la religion, les moeurs et les
coutumes de ses sujets.</p>
      <p>La meilleure preuve qu'on puisse invoquer en faveur de leur
tolérance réside dans ce fait même que les peuples conquis ont
conservé jusqu'à ce jour leurs communautés et leur langue.</p>
      <p>"La domination turque, ainsi que le remarque E. Reclus, est tout
extérieure et n'atteint pas, pour ainsi dire, les profondeurs de
l'être. Ainsi, par bien des côtés, l'autonomie des groupes de
populations est-elle plus complète en Turquie que dans le pays les
plus avancés de l'Europe occidentale<a href="#n47">47</a>."</p>
      <p>Il est cependant bon de remarquer ici que ces concessions faites
à l'esprit religieux chrétien par le gouvernement ottoman se
retournèrent contre lui, et que c'est à ce large esprit de tolérance,
au respect qu'il témoigna à la religion et à la nationalité des
vaincus, qu'il faut attribuer hélas ! la principale cause du
démembrement et de la décadence de la Turquie.</p>
      <p>G. Charmes a vu cela très clairement. "On loue avec raison,
dit-il, la résignation étonnante, le courage tranquille, la douceur
merveilleuse des Turcs ; mais ces vertus, si admirables
qu'elles soient, feront la perte de la race et de l'Empire<a href="#n48">48</a>."</p>
      <p>Malheureusement, le gouvernement des nations n'est point
toujours échu aux plus honnêtes et aux plus sincères, mais aux
intrigants et aux ambitieux. Insouciants d'un avenir qu'ils croient
toujours lointain, ils immolent sans conscience la gloire de leur
patrie aux mesquines satisfactions de leur égoïsme.</p>
      <p>Depuis que le gouvernement ottoman a cessé d'être une puissance
militaire, le champ d'exploitation a été largement ouvert aux
intrigants de toutes catégories. M. de Castries, dans un article
que j'ai cité plus haut, explique ce fait avec une précision et une
compétence remarquables.</p>
      <p>"Tous les historiens reconnaissent, dit-il, que ces franchises
octroyées aux raïas furent une grave cause de
faiblesse pour l'empire ottoman. Aussi longtemps que cet empire
parut redoutable à l'Europe, les raïas se contentèrent d'exploiter
leurs vainqueurs, en accaparant les finances, le commerce et
l'industrie ; mais après la défaite de Mohacz, après le traité
de Passarowitz et la paix de Kainordja, Grecs, Slaves et Arméniens,
pressentant la décadence des Osmanlis, furent plus ou moins
ouvertement les auxiliaires de toutes les puissances acharnées
contre la Turquie. Ces ennemis du dedans, ces raïas qui cachaient à
peine leurs intrigues et leurs trahisons, qui se réjouissaient des
défaites des Turcs comme de véritables victoires, se seraient
attiré de cruelles représailles, si la patience et l'inertie
n'étaient pas chez les Turcs une vertu et un défaut poussés à
l'extrême. C'est à peine si, en 1828, le gouvernement ottoman exila
les Arméniens accusés d'avoir favorisé les intrigues de la
Russie ; la longanimité du sultan fut mise au compte de sa
faiblesse, et l'on y trouva un argument de plus en faveur du
démembrement de son Empire."</p>
      <p>"L'égalité de traitement que la Porte s'efforce de maintenir
entre les différents cultes de ses États, dit à son tour M. de la
Jonquière, indigne et exaspère les Grecs. Ils voudraient que le
gouvernement turc, se départant de la <i>tolérance religieuse dont
il a toujours fait preuve,</i> se fit persécuteur à leur profit !
Si par impossible l'empire de Byzance renaissait, on assisterait
bientôt à une persécution religieuse contre les non orthodoxes, qui
dépasserait de bien loin toutes les horreurs des guerres de
religion du seizième siècle<a href="#n49">49</a>."</p>
      <p>Malgré leurs incessantes et bruyantes querelles, au sein même de
la Terre sainte, les diverses confessions qui se disputent la
primauté sur le territoire de l'Empire ottoman n'ont jamais pu
obtenir de la Porte la protection exclusive qu'elles réclamaient au
préjudice l'une de l'autre. "Aucune religion n'a droit d'exiger
d'autre protection que la liberté ; encore perd-elle ses
droits à cette liberté quand ses dogmes ou son culte sont
contraires à l'intérêt de l'État<a href="#n50">50</a>."</p>
      <p>Loin de moi la pensée de souhaiter à mon gouvernement un sursaut
d'activité dans le sens de l'intolérance et de vouloir restreindre
les droits que les sultans eurent la générosité d'accorder à leurs
sujets chrétiens et aux Européens en général. Mais une liberté qui
inspire une sorte de licence capable de troubler l'ordre et la
société, qui favorise les révoltes et qui nuit à la solidité, à
l'unité des peuples et à l'intégrité de l'Empire, une pareille
liberté doit être canalisée et surveillée dans l'intérêt de
tous.</p>
      <p>S'il ne dépend pas d'un homme de comprendre et d'admettre la
religion dominante de son pays ou de ne plus croire à la religion
dans laquelle il a été élevé, il est au moins de son devoir de
respecter les lois et les usages de sa patrie. Il y a évidemment
une différence entre la licence et la tolérance. En France, chacun
est libre de professer son culte et d'afficher telles idées
politiques qu'il lui plaît ; mais les réunions religieuses et
politiques sont néanmoins soumises au contrôle de l'autorité.</p>
      <p>"Un citoyen, comme le fait observer très justement Montesquieu,
ne satisfait point aux lois, en se contentant de ne pas agiter le
corps de l'État ; il faut encore qu'il ne trouble pas quelque
citoyen que ce soit<a href="#n51">51</a>." S'il est, en effet,
tyrannique et insensé de haïr et de tourmenter un citoyen à cause
de ses opinions religieuses, philosophiques ou politiques, il n'en
est pas moins nuisible à l'ensemble d'une institution de permettre
soit à un individu isolé, anarchiste ou couronné, soit à un
gouvernement étranger quelconque d'imposer, sous prétexte de
réformes, des doctrines qui auraient pour but de rompre les liens
qui depuis des siècles unissent des peuples divers. "Rien de plus
injuste, disait avec raison le baron d'Holbach, de plus inhumain,
de plus extravagant, de plus contraire au repos de la société que
de haïr et de persécuter ses semblables pour des opinions ;
mais, dira-t-on, si ces opinions sont dangereuses, ne faut-il pas
les étouffer? Les opinions ne sont dangereuses que lorsqu'on veut
les faire adopter par force à d'autres : le crime est toujours
du côté de celui qui le premier emploie la violence<a href="#n52">52</a>."</p>
      <p>A considérer l'histoire, il semble cependant qu'un gouvernement
fort à tort de laisser, soit par esprit de tolérance, soit par
dédain, les populations soumises abuser de leurs droits politiques
et religieux. Car lorsque vient, plus tard, la faiblesse ou
l'impuissance, il n'a plus l'autorité nécessaire pour arrêter les
revendications plus ou moins exagérées qui se sont créées à l'ombre
de sa tolérance.</p>
      <h2>XII</h2>
      <p>Tous les soulèvements des nationalités de l'Empire ottoman,
depuis les premières insurrections des Grecs jusqu'aux dernières
révoltes des Arméniens et des Crétois, ne sont que la conséquence
d'un état de choses qui n'aurait jamais existé, si les hommes
d'État avaient surveillé, dès l'origine, leurs tentatives
séparatistes. C'est donc à la faiblesse actuelle du gouvernement,
d'une part, et aux intrigues habilement exploitées par certains
agents étrangers, d'autre part, qu'il faut attribuer les derniers
massacres qui sont la honte de l'humanité et la plus flagrante
violation des principes de la loi musulmane.</p>
      <p>Les esprits superficiels attribuent ces faits déplorables au
fanatisme islamique. Derrière cette formule ils abritent leurs
haines religieuses et leurs passions politiques, soulevant ainsi
l'opinion publique européenne en faveur des chrétiens dans l'unique
but de démembrer l'Empire ottoman, mais en réalité contre les <i>
musulmans.</i> Les gens sensés eux-mêmes et les diplomates avisés,
entraînés par le courant, proposent pour la Turquie les réformes
dans le sens de la civilisation occidentale, sans tenir aucun
compte des moeurs, des lois, des traditions et de la condition
sociale des peuples qu'on veut réformer. Ils devraient cependant ne
pas oublier que, dans leur pays même, la moindre transformation
dans l'organisme social ou religieux ne s'est opérée qu'à la suite
de longues et sanglantes révolutions. Les anciens amis de la
Turquie, malgré leurs idées quelque peu réactionnaires, ont jugé
avec plus de compétence que les diplomates modernes les affaires
intérieures de notre pays. Le prince de Metternich, par exemple,
nous conseillait "de rester turcs, de ne point chercher le
prototype de l'amélioration du système administratif dans les
modèles qui n'ont rien de commun avec la condition de l'Empire turc
et de ne point imiter les États dont la législation fondamentale
est en opposition avec les moeurs de l'Orient."</p>
      <p>Ceux qui soutiennent les intérêts des exploiteurs sous prétexte
de défendre l'honneur de leur nation ferment volontairement les
yeux aux infractions des lois de justice et d'humanité. Je livre à
leur méditation ces paroles du savant chef du positivisme
anglais :</p>
      <p>"L'oppression d'un peuple semi-barbare par un peuple civilisé,
la spoliation des indigènes au nom du commerce et de l'industrie,
l'esclavage voilé des noirs et des bruns au nom du christianisme,
n'a jamais été justifié à nos yeux par la croyance banale et
rétrograde que ces agressions augmentent la gloire de la Patrie, ou
qu'elles sont indispensables à compléter la carrière de tel chef de
parti politique<a href="#n53">53</a>."</p>
      <p>Quant à ceux qui se croient obligés de prendre sous leur égide
protectrice ces missionnaires qui troublent chez nous les
sentiments religieux, je leur rappelle les paroles du cardinal
Lavigerie, rapportées au sein même du Parlement, par M. P.
Deschanel, en 1888 : "Je déclare, disait ce prélat, que je
considérerait comme un crime et comme une folie de surexciter, par
un prosélytisme imprudent, les populations musulmanes."</p>
      <p>Si après cet exposé, dont les principaux arguments ont été
empruntés aux auteurs les plus autorisés dans leurs croyances
erronées et, à bout d'arguments, s'obstinent à demander
l'extermination des Turcs ou au moins leur expulsion de l'Europe,
je les engagerai à méditer ce touchant passage d'Elisée Reclus :</p>
      <p>"N'y a-t-il point de conciliation possible, dit l'éminent savant
que je salue respectueusement en terminant, entre les races en
lutte, et faut-il que l'unité de civilisation s'obtienne par le
sacrifice de populations entières, et précisément de celle qui se
distingue par les plus hautes qualités morales, la droiture, la
dignité, le courage, la tolérance<a href="#n54">54</a> !"</p>
      <hr width="100%"/>
      <div class="notes">
         <ul>
            <li>
               <a href="#an1">1</a>
Cette étude a été publiée en partie dans
la <i>Revue occidentale</i> du 1er novembre 1896.</li>
            <li>
               <a href="#an2">2</a>
               <i>Entendement humain</i>
            </li>
            <li>
               <a href="#an3">3</a>
Le comte Henry de Castries,
<i>L'Islam</i>.</li>
            <li>
               <a href="#an4">4</a>
Helvétius, <i>de l'Homme</i>.</li>
            <li>
               <a href="#an5">5</a>
               <i>Imitation de Jésus-Christ,</i>
traduction de P. Corneille.</li>
            <li>
               <a href="#an6">6</a>
Coran, ch. III, v. 19.</li>
            <li>
               <a href="#an7">7</a>
Coran, ch. III, v. 37.</li>
            <li>
               <a href="#an8">8</a>
Coran, ch., III, v. 98.</li>
            <li>
               <a href="#an9">9</a>
Coran, ch, XXIV, v. 45 et ch. XI, v.
59.</li>
            <li>
               <a href="#an10">10</a>
Coran, ch. III, v. 78.</li>
            <li>
               <a href="#an11">11</a>
Coran, ch. XI, v. 15.</li>
            <li>
               <a href="#an12">12</a>
Pierre Laffitte, <i>Les Grands Types de
l'Humanité</i>.</li>
            <li>
               <a href="#an13">13</a>
               <i>Recueils</i> de Feridoun Bey. J'ai trouvé la
traduction en français de cette proclamation dans l'ouvrage de
Ricaud, intitulé <i>Histoire de l'état actuel de l'Empire ottoman</i>,
1670. L'original, d'après l'auteur, a été découvert dans le couvent
des Religieux du mont Carmel, proche du mont Liban.</li>
            <li>
               <a href="#an14">14</a>
Les gens bien élevés n'emploient jamais
ce mot : le code pénal, du reste, le punit comme une
injure.</li>
            <li>
               <a href="#an15">15</a>
Coran, ch. II, v. 186 et 187.</li>
            <li>
               <a href="#an16">16</a>
Coran, ch. IV, v. 96.</li>
            <li>
               <a href="#an17">17</a>
Coran, ch. VII, v. 152.</li>
            <li>
               <a href="#an18">18</a>
Coran, ch, v, v. 96.</li>
            <li>
               <a href="#an19">19</a>
Pierre Laffitte, <i>Les Grands Types de
l'Humanité.</i>
            </li>
            <li>
               <a href="#an20">20</a>
Abbé de Broglie, <i>Problème et
conclusion de l'Histoire des religions.</i>
            </li>
            <li>
               <a href="#an21">21</a>
Coran, ch. II, v. 257.</li>
            <li>
               <a href="#an22">22</a>
J. de Maistre, <i>Soirées de Saint-Pétersbourg</i>, 7e entretien.</li>
            <li>
               <a href="#an23">23</a>
E. Renan, <i>Réforme intellectuelle et
morale</i>.</li>
            <li>
               <a href="#an24">24</a>
               <i>Revue de Paris</i>, le 1er février
1897.</li>
            <li>
               <a href="#an25">25</a>
Michaud, <i>Histoire des
Croisades</i>.</li>
            <li>
               <a href="#an26">26</a>
Robertson, <i>Histoire de
Charles-Quint.</i>
            </li>
            <li>
               <a href="#an27">27</a>
Coran, <i/>ch. XVII, v. 38.</li>
            <li>
               <a href="#an28">28</a>
D'Holbach, <i>Politique
internationale</i>, discours VI.</li>
            <li>
               <a href="#an29">29</a>
J. Michelet, <i>Histoire de France,</i>
chapitre intitulé : "Soléïman sauve l'Europe".</li>
            <li>
               <a href="#an30">30</a>
               <i>Revue Angevine</i>, 15 février
1897.</li>
            <li>
               <a href="#an31">31</a>
Voltaire, <i>Traité sur la
tolérance</i>
            </li>
            <li>
               <a href="#an32">32</a>
L'abbé Michon, <i>Voyage religieux en
Orient</i>.</li>
            <li>
               <a href="#an33">33</a>
Lord Byron, C<i>hilde
Harold</i>
            </li>
            <li>
               <a href="#an34">34</a>
Gabriel Charmes, <i>Avenir de la
Turquie</i>, 1881, p. <i/>200.</li>
            <li>
               <a href="#an35">35</a>
Edmond Dutemple, <i>En Turquie
d'Asie</i>, 1883</li>
            <li>
               <a href="#an36">36</a>
Citation de J. Baker dans son ouvrage
sur la Turquie.</li>
            <li>
               <a href="#an37">37</a>
Compte-rendu publié dans le <i>Journal
de Genève,</i> du 1er janvier 1897.</li>
            <li>
               <a href="#an38">38</a>
Élysée Reclus, <i>Nouvelle Géographie
universelle,</i> t. IX.</li>
            <li>
               <a href="#an39">39</a>
Wanda, <i>souvenirs anecdotiques sur la
Turquie, 1884.</i>
            </li>
            <li>
               <a href="#an40">40</a>
H. Spencer, <i>Introduction à la science
sociale.</i>
            </li>
            <li>
               <a href="#an41">41</a>
Les Arméniens, qui vécurent longtemps
unis, furent troublés dans leur confession par ces missionnaires et
divisés en trois groupes : orthodoxe, protestant et
catholique. Ce dernier groupe se subdivise en Hassounistes et
anti-Hassounistes, qui s'entrégorgèrent il y a trente
ans.</li>
            <li>
               <a href="#an42">42</a>
P. Foncin, secrétaire général de
l'Alliance française. <i>Revue Bleue</i>, du 15 novembre
1890.</li>
            <li>
               <a href="#an43">43</a>
Lettre de Sir. H. Bulwer, du 4 août
1864.</li>
            <li>
               <a href="#an44">44</a>
De Payssonnel, <i>Examen du livre de
Volney, 1788.</i>
            </li>
            <li>
               <a href="#an45">45</a> Raïas, sujets non musulmans de la
Porte.</li>
            <li>
               <a href="#an46">46</a>
               <i>Temps</i>, du 21 février 1895.</li>
            <li>
               <a href="#an47">47</a>
E. Reclus, <i>Nouvelle Géographie
universelle,</i> t. I, p. 239.</li>
            <li>
               <a href="#an48">48</a>
               <i>Ouvrage cité</i>.</li>
            <li>
               <a href="#an49">49</a>
A. de La Jonquière. <i>Histoire de
l'Empire ottoman, p. 54.</i>
            </li>
            <li>
               <a href="#an50">50</a>
Turgot, <i>Lettre sur la
Tolérance.</i>
            </li>
            <li>
               <a href="#an51">51</a>
Montesquieu, <i>Esprit des Lois</i>, livre XXV,
ch. IX</li>
            <li>
               <a href="#an52">52</a>
D'Holbach, <i>Morale universelle</i>, tome
I.</li>
            <li>
               <a href="#an53">53</a>
Frédéric Harrison, Discours prononcé à
Paris, le 3 septembre 1896.</li>
            <li>
               <a href="#an54">54</a>
Élysée Reclus, <i>ouvrage cité</i>, t. IX, p.
347.</li>
         </ul>
      </div>
   </body>
</html>