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      <title>La Psychologie d'Auguste Comte's Psychology</title>
      <meta name="Author" content="Emmanuel Lazinier"/>
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      <p/>
      <h1>La psychologie d'Auguste Comte</h1>
      <p>Création de la page : 1999-08-29<br clear="none"/>
Dernière mise à jour : 2002-12-02</p>
      <ul>
         <li>
            <a href="#bio">Courte biographie</a>
         </li>
         <li>
            <a href="#critique">Critique de la "psychologie" de son temps</a>
         </li>
         <li>
            <a href="#Gall">Acceptation des théories de Gall</a>
         </li>
         <li>
            <a href="#theorie">Construction d'une théorie cérébrale</a>
         </li>
         <li>
            <a href="#altruisme">L'Altruisme</a>
         </li>
         <li>
            <a href="#7me">La Septième Science</a>
         </li>
         <li>
            <a href="#avenement">L'Avènement d'une éthique scientifique</a>
         </li>
         <li>
            <a href="#notes">Eclaircissements et Notes</a>
         </li>
      </ul>
      <p>Auguste Comte (1798-1857), célèbre en tant que fondateur
de la sociologie, est communément présenté comme ayant
construit une classification des sciences d'où la psychologie, la
science de l'âme humaine, serait absente. Inquiétante doctrine
que celle où la société recevrait toute sa place et
où l'individu n'en aurait aucune ! Une telle vision suffit à
elle seule à expliquer la déplorable réputation (pour
ne pas dire le tabou) dont le philosophe positif est la victime.</p>
      <p>Cette brève étude se propose de montrer que cette vision
est radicalement fausse, et que : (1) Auguste Comte n'a jamais rejeté
la psychologie ; (2) qu'il a même fini par construire sa propre psychologie
; (3) qu'il y a de fortes raisons de penser que l'histoire jugera cette
psychologie comme sa contribution la plus importante.</p>
      <h2>
         <a shape="rect" name="bio"/>Courte biographie</h2>
      <p>Né en 1798, polytechnicien, Auguste Comte commence par subir
l'influence du "réformateur social" Claude-Henri de Saint-Simon
(1760-1825). Il va publier sous l'égide de ce dernier une série
d'opuscules, dont le remarquable <a href="../etexts/opuscule/plan1.xml">
            <i>Plan
des travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la
société</i> (1822)</a>
         <i>.</i>
      </p>
      <p>Dans cet opuscule il affirme que la Révolution française
n'a pas été seulement un événement politique,
mais qu'elle est essentiellement un événement scientifique,
épistémologique, une crise qui révèle une mutation
cognitive de l'humanité. </p>
      <p>Quelle est la nature de cette mutation ? Comte l'explicite au moyen
des deux conceptions qui vont le rendre célèbre : la
loi des trois états et la classification des sciences.</p>
      <p>Que dit la loi des trois états ? Que toutes les connaissances
humaines sont appelées à passer nécessairement par
trois phases successives. Dans la première, la phase <i>théologique</i>,
les phénomènes sont expliqués par des volontés
surnaturelles. Dans la seconde, <i>métaphysique</i>, les explications
surnaturelles sont remplacées par des abstractions, mais la démarche
reste tout aussi déductive et à priori. Dans la troisième,
l'état <i>scientifique</i> ou <i>positif</i>, les explications transcendantes
sont abandonnées : on n'explique plus à proprement parler
les phénomènes : on recherche simplement, modestement, les
lois qui les régissent et qui permettent de les prévoir.</p>
      <p>Que dit la classification des sciences ? Que les divers cantons de nos
connaissances n'évoluent pas tous à la même vitesse,
mais les uns après les autres, dans un ordre spécifique.
Cet ordre est celui de la complexité croissante des phénomènes,
qui est aussi celui de leur généralité décroissante.
Ainsi la science biologique, qui vient d'être fondée par Lamarck
et Bichat, ne pouvait pas apparaître avant la chimie, qui s'occupe
de phénomènes plus simples et plus généraux,
et qui sont la base des phénomènes plus complexes et plus
spécifiques de la vie.</p>
      <p>L'application de ces deux théories à l'époque contemporaine
est claire. La Révolution française s'explique par le passage
des conceptions humaines sur la société de l'état
théologique (dominé par des conceptions comme le droit divin
des rois) à l'état métaphysique (où le dogme
du droit divin fait place à celui de la souveraineté populaire
qui n'est que son décalque certes non théologique mais pas
encore scientifique). Ce que l'époque appelle, c'est donc de passer
en la matière à l'état positif, autrement dit de fonder
la science des phénomènes sociaux, la "physique sociale"<a href="#n1">1</a>.
Et le jeune penseur se sent appelé à accomplir cette tâche.</p>
      <p>Comte, qui rompt peu après avec Saint-Simon, va alors décider
de se lancer dans une entreprise gigantesque. Il va élaborer la
<i>physique sociale</i> dont son "opuscule fondamental" a annoncé
la possibilité et l'opportunité. Mais, pour asseoir cette
nouvelle science sur des bases inébranlables, il va commencer par
passer en revue et synthétiser toutes les sciences préliminaires,
afin d'étudier de plus près leur enchaînement successif,
et les apports <i>scientifiques</i> (les résultats) et <i>logiques</i>
(les méthodes) de chacune &#8212; apports dont la nouvelle science ne
pourra que profiter. Il commence donc à élaborer un "cours
de philosophie positive", dont il professe chez lui les premières
leçons en présence des plus grands savants de l'époque.
Et c'est alors que survient le drame. Le surmenage intellectuel ajouté
aux soucis domestiques (financiers et affectifs) va faire temporairement
sombrer dans la folie cette âme exceptionnelle. Il sera même
interné pendant plusieurs mois dans la clinique du célèbre
Esquirol, dont il ressortira jugé "non guéri".
Il se rétablira néanmoins, et reprendra son cours, dont la
publication en librairie, en six gros volumes, s'échelonnera de
1830 à 1842.</p>
      <p>Sur ces entrefaites, Comte, séparé de son épouse
va connaître une expérience amoureuse intense avec Clotilde
de Vaux (1815-1846), qui mourra après un peu plus d'un an de liaison
platonique.</p>
      <p>Cette expérience est généralement présentée
comme ayant engagé Auguste Comte sur une voie "mystique"
qui va lui faire se présenter en 1848<a href="#n2">2</a>
comme le fondateur et premier grand-prêtre d'une religion nouvelle,
la Religion de l'Humanité. Et lui faire publier de 1851 à
1854 le <i>
            <a href="../etexts/systeme/index.xml">Système de Politique
positive, ou Traité de Sociologie instituant la Religion de l'Humanité</a>
         </i>
(4 vol.), nouveau grand traité qui sera rejeté par un certain
nombre de ses ci-devant disciples, dont <a href="../disciple/france/l_fr.xml#Littre">Émile
Littré (1801-1881)</a> et <a href="../disciple/britain/m_gb.xml#Mill">John
Stuart Mill (1806-1873)</a>, comme l'&#339;uvre d'un homme qui a de nouveau
perdu la raison.</p>
      <p>Comte va s'éteindre peu après (1857) non sans avoir publié
quelques ouvrages de vulgarisation assez étranges (<i>Catéchisme
positiviste, </i>1852 ; <i>Appel aux conservateurs</i>, 1855<i>)</i> et
le premier volume (<i>Système de logique positive, ou Traité
de philosophie mathématique</i>, 1856) d'une non moins étonnante
<i>Synthèse subjective ou Système universel des conceptions
propres à l'état normal de l'Humanité.</i>
      </p>
      <p>Présentée ainsi, la biographie d'Auguste Comte donne l'impression
qu'on a affaire à un penseur peut-être génial mais
certainement mentalement "dérangé". Nous allons
voir qu'il y manque simplement un élément explicatif, un
fil conducteur essentiel&#8230; qui n'est autre que la psychologie, si injustement
évacuée de la pensée comtienne.</p>
      <h2>
         <a shape="rect" name="critique"/>Critique de la "psychologie" de son
temps</h2>
      <p>Des les premiers opuscules on trouve chez Comte une vigoureuse attaque
de l'école philosophique appelée de son temps "psychologie"
:</p>
      <blockquote class="Comte">
         <p>[&#8230;] quelques hommes, méconnaissant à cet égard
la direction actuelle et irrévocable de l'esprit humain, ont essayé
depuis dix ans de transplanter parmi nous la métaphysique allemande,
et de constituer sous le nom de <i>psychologie</i> une prétendue
science entièrement indépendante de la physiologie, supérieure
à elle, et à laquelle appartiendrait exclusivement l'étude
des phénomènes spécialement appelés moraux.
Quoique ces tentatives rétrogrades ne soient pas susceptibles d'arrêter
le développement des connaissances réelles, puisque l'enthousiasme
passager qu'elles excitent encore ne tient essentiellement qu'à
des circonstances étrangères et accidentelles, il est certain
qu'elles exercent une influence funeste, en retardant, dans beaucoup de
têtes, le développement du véritable esprit philosophique,
et en consumant en pure perte une grande activité intellectuelle.<a href="#n3">3</a>
         </p>
      </blockquote>
      <p>Quelle est donc cette "direction actuelle et irrévocable
de l'esprit humain" dont nous parle Comte ? Il s'en était expliqué
dès l'opuscule de 1822 et plus au long dans le passage suivant,
qui date de 1825 :</p>
      <blockquote class="Comte">
         <p>Afin de connaître avec toute la précision nécessaire
la véritable époque à laquelle est maintenant parvenue
cette grande révolution, il faut distinguer, dans la dernière
science (la physiologie), la section relative aux fonctions intellectuelles
et affectives, d'avec celle qui comprend les autres fonctions organiques.</p>
         <p>Ce n'est qu'après tous les autres que les phénomènes
moraux sont sortis du domaine de la théologie et de la métaphysique,
pour entrer dans celui de la physique. Rien sans doute n'était plus
naturel d'après l'échelle encyclopédique établie
ci-dessus. Mais si cette circonstance inévitable rend, à
leur égard, la transformation moins sensible, elle n'en est pas
moins réelle, quoique encore inaperçue du plus grand nombre
des esprits. Tous ceux qui sont vraiment au niveau de leur siècle
savent, par le fait, que les physiologistes considèrent aujourd'hui
les phénomènes moraux absolument dans le même esprit
que les autres phénomènes de l'animalité. Des travaux
fort étendus ont été entrepris dans cette direction,
et se suivent avec ardeur depuis plus de vingt ans ; des conceptions positives,
plus on moins fécondes, ont pris naissance ; des écoles se
sont formées spontanément pour les développer et les
propager ; en un mot, tous les signes de l'activité humaine se sont
manifestés, à un degré non équivoque, par rapport
à la physiologie morale. Il est inutile ici de prendre parti pour
ou contre aucune des diverses opinions qui se disputent aujourd'hui l'empire,
sur l'espèce, le nombre, l'étendue et l'influence réciproque
des organes assignables aux différentes fonctions, soit intellectuelles,
soit affectives. Sans doute, la science n'a pas encore trouvé, sous
ce rapport, ses bases définitives ; et il n'y a de solidement établi
que quelques généralités insuffisantes, quoique très
précieuses. Mais le fait même de cette diversité de
théories, qui indique une incertitude inévitable dans toute
science naissante, constate clairement que la grande révolution
philosophique est effectuée pour cette branche de nos connaissances,
comme pour toutes les autres, du moins dans les esprits qui forment à
cet égard l'avant-garde du genre humain, et qui, tôt ou tard,
sont suivis par la masse. Car, dans les divergences qui ont lieu, la méthode
positive est reconnue, de part et d'autre, comme le seul instrument admissible
; la formation d'une théorie physique, qui consiste ici dans la
combinaison du point de vue anatomique avec le point de vue physiologique,
est regardée, dans toutes les opinions, comme le seul but raisonnable
; la théologie et la métaphysique sont, d'un commun accord,
éliminées de la question, ou du moins elles n'y jouent aucun
rôle important ; et, quel que doive être le résultat
final de la discussion, elle ne peut que diminuer encore leur activité.
En un mot, les débats étant désormais renfermés
dans le champ de la science, la philosophie n'y est plus intéressée.<a href="#n4">4</a>
         </p>
      </blockquote>
      <p>On voit bien que, contrairement aux "psychologues" de son
temps, Comte pense que la science des phénomènes "moraux"
ne saurait croître qu'entée sur les sciences précédemment
constituées, essentiellement sur la biologie, et plus particulièrement
sur la biologie du cerveau. En somme, pour employer la terminologie actuelle,
nous dirions qu'il est partisan d'une <i>bioneuropsychologie</i>.</p>
      <p>Auguste Comte n'a donc jamais récusé ni la possibilité
ni la nécessité de constituer une science de l'âme,
une <i>psychologie</i> au sens où nous l'entendons aujourd'hui.
Ce qu'il a contesté, c'est la possibilité de constituer cette
science <i>à part</i>. Or cette possibilité était
affirmée de son temps par une école de pensée qui
se faisait appeler <i>psychologie</i>. D'où la méprise qui
subsiste encore aujourd'hui<a href="#n5">5</a>.</p>
      <h2>
         <a shape="rect" name="Gall"/>Acceptation des théories de Gall</h2>
      <p>Le premier élément de méprise vis-à-vis
de la psychologie d'Auguste Comte vient donc de cette homonymie entre <i>psychologie</i>
et le titre que se donnait l'école philosophique qu'il combattait.</p>
      <p>Une deuxième cause de malentendus va venir cette fois de l'école
"scientifique" à laquelle il a accordé ses suffrages
: l'école <i>phrénologique</i> de F-J Gall<a href="#n6">6.</a>
      </p>
      <div class="center">
         <p>
            <a href="#n6">
               <img src="../images/portraits/gall2.gif" alt="François-Joseph Gall (1758-1828)"
                    border="0"/>
            </a>
         </p>
      </div>
      <p>Ces travaux nous apparaissent aujourd'hui victimes d'une des plus grandes
injustices de l'histoire des sciences. Gall en effet, commence tout juste
à émerger de la réputation de charlatan qui lui a
été faite, pour être reconnu pour ce qu'il est, à
savoir un grand précurseur de la science moderne du cerveau<a href="#n7">7</a>.</p>
      <p>Pourquoi charlatan ? Parce que la science a fait rapidement justice
de la prétention des <i>phrénologistes</i> à découvrir
les particularités psychiques innées des individus à
partir de la forme de leur crâne et de ses éventuelles protubérances.</p>
      <p>Pourquoi précurseur ? Parce que Gall a été le premier
a placer dans le cerveau le siège de l'ensemble des phénomènes
psychiques (Bichat localisait encore les phénomènes affectifs
dans les viscères). Et parce qu'il a correctement vu que le cerveau
était un <i>appareil</i> constitué d'organes <i>spécialisés</i>
dont le substratum est <i>inné</i> (nous dirions aujourd'hui "génétiquement
programmé"). Voici ce que Comte en écrit dans la 45<sup>e</sup>
leçon ("Considérations générales sur l'étude
positive des fonctions intellectuelles et morales, ou cérébrales",
1837) du <i>Cours de Philosophie positive</i>
      </p>
      <blockquote class="Comte">
         <p>Deux principes philosophiques, qui n'ont plus besoin d'aucune discussion,
servent de base inébranlable à l'ensemble de la doctrine
de Gall, savoir : l'innéité des diverses dispositions fondamentales,
soit affectives, soit intellectuelles ; la pluralité des facultés
essentiellement distinctes et radicalement indépendantes les unes
des autres, quoique les actes effectifs exigent ordinairement leur concours
plus ou moins complexe.<a href="#n8">8</a>
         </p>
      </blockquote>
      <p>Comte loue aussi Gall pour avoir établi que les fonctions affectives
sont dominantes par rapport aux fonctions intellectuelles. Il est loin
toutefois d'adopter sans réserves les théories des phrénologues
(en particulier sur la détermination du détail des fonctions
et sur leur localisation). Il considère seulement qu'elles indiquent
la direction à suivre :</p>
      <blockquote class="Comte">
         <p>Je ne crois pas devoir me refuser à employer ici le nom, déjà
usité, de <i>phrénologie</i>, introduit dans la science par
Spurzheim, quoique Gall s'en soit sagement abstenu, même après
l'avoir vu admettre. Mais je ne m'en servirai jamais qu'à ces deux
indispensables conditions, trop méconnues aujourd'hui du vulgaire
des phrénologistes : 1° qu'on n'entendra point désigner
ainsi une science faite, mais une science entièrement à faire,
dont les principes philosophiques ont été jusqu'ici seuls
convenablement établis par Gall ; 2° qu'on ne prétendra
point cultiver cette étude isolément du reste de la physiologie
animale.<a href="#n9">9</a>
         </p>
      </blockquote>
      <p>Après avoir noté avec approbation que Gall divise les
fonctions affectives en penchants et sentiments, et les facultés
intellectuelles en facultés perceptives et facultés réflexives
(divisions par lesquelles, estime-t-il, "se trouve confirmée
et expliquée la distinction incontestable, vaguement étable
de tout temps par le bon sens vulgaire, entre ce qu'on nomme le c&#339;ur, le
caractère et l'esprit"), Comte passe très vite dans
le <i>Cours </i>sur le fait que Gall démontre l'existence d'instincts
sympathiques<a href="#n10">10</a>.</p>
      <h2>
         <a shape="rect" name="theorie"/>Construction d'une théorie cérébrale</h2>
      <p>Ce n'est qu'après avoir terminé l'ébauche de la
sociologie contenue dans le <i>Cours</i>, et après avoir vécu
l'expérience affective intense qu'a été sa relation
amoureuse avec Clotilde, que Comte va saisir toute l'importance du primat
de l'affectivité sur l'intellect et de l'innéité des
instincts sympathiques. Et c'est alors qu'il va se mettre à construire
sa propre théorie du cerveau :</p>
      <blockquote class="Comte">
         <p>Quand j'eus fondé la sociologie, je compris enfin que le génie
de Gall n'avait pu construire une véritable physiologie du cerveau,
faute de connaître les lois de l'évolution collective, qui
seule doit en fournir à la fois le principe et le but. Je sentis
dès lors que cette tâche, que j'attendais auparavant des biologistes,
appartenait à la seconde partie de ma propre carrière philosophique.<a href="#n11">11</a>
         </p>
      </blockquote>
      <p>Comte se lance donc à partir de 1846 dans la conception de sa
propre "classification positive des fonctions intérieures du
cerveau", sous forme d'un certain nombre de tableaux qu'il rédige
successivement<a href="#n12">12</a>, et dont le dernier
état sera inséré, avec le sous-titre de "tableau
systématique de l'âme" dans le t. I du <i>Système
de Politique positive</i> à titre d'illustration de la remarquable
théorie du cerveau qui en occupe les pp. 669-735.</p>
      <p>
         <img src="../images/cerveau.gif" alt="Tableau cérébral" height="612" width="800"/>
      </p>
      <p>Qu'est-ce qui caractérise cette théorie comtienne du cerveau
? Elle est ternaire. Le cerveau s'y trouve divisé en trois groupes
de fonctions : affectives, intellectuelles, actives (correspondant aux
catégories populaires du c&#339;ur, de l'esprit et du caractère<a href="#n13">13</a>).
Et l'affectivité s'y trouve subdivisée en deux catégories
d'instincts : les instincts "personnels" et les instincts "sociaux"
ou <i>altruistes.</i>
      </p>
      <h2>
         <a shape="rect" name="altruisme"/>L'Altruisme<a href="#n14">14</a>
      </h2>
      <p>Cette notion d'altruisme, dont il vient d'inventer sinon la matière
du moins le vocable, Comte l'a d'abord trouvée en zoologie. Le dévouement
à autrui, nous dit-il, est déjà présent chez
les animaux supérieurs </p>
      <blockquote class="Comte">
         <p>
            <i>l'être animé n'agit habituellement que sollicité
par une affection quelconque, et il ne pense qu'afin de mieux agir</i>
: en sorte que toute son existence se conforme à l'inclination prépondérante.
Or ce moteur affectif peut être égoïste ou sympathique.
<a shape="rect" name="PleinDevelopmt"/>Quoique ne devant se développer pleinement
que chez notre espèce, le second mode commence nécessairement
parmi les animaux. </p>
         <p>Le premier convient seul à toute la partie inférieure
de la hiérarchie zoologique, jusqu'au degré d'organisation
où les sexes se trouvent entièrement séparés.
[...] L'animal ne commence à <i>vivre pour autrui,</i> au moins
passagèrement, que quand les besoins relatifs à la conservation
de l'espèce viennent suspendre les soins qu'exige habituellement
la conservation de l'individu. </p>
         <p>[...] L'animal, même mâle, y offre le plus souvent d'admirables
exemples de la plus touchante abnégation personnelle pour mieux
assurer la conservation des siens. </p>
         <p>[...] <i>le bonheur de vivre pour autrui </i>ne constitue pas un privilège
exclusif de notre nature. Il appartient également à beaucoup
d'animaux, où même l'instinct sympathique se trouve quelquefois
mieux prononcé, quoiqu'il n'y produise pas d'aussi grands résultats
que parmi nous. </p>
         <p>[...] C'est ainsi que l'animalité ébauche spontanément
le grand principe sociologique qui représente <i>l'amour</i> comme
la base nécessaire de toute union durable entre des êtres
indépendants.</p>
         <p>
            <a shape="rect" name="UniteAnimale"/>Quoique l'unité animale repose presque
toujours sur l'égoïsme, beaucoup d'espèces trouvent
donc dans l'altruisme la source d'une harmonie, non seulement plus douce
et plus noble, mais aussi plus complète et plus durable<a href="#n15">15</a>
         </p>
      </blockquote>
      <p>
         <a shape="rect" name="BrainTheory"/>L'altruisme est confirmé par la théorie
biologique du cerveau, comme nécessaire à l'unité
(tant personnelle que sociale) de l'homme</p>
      <blockquote class="Comte">
         <p>J'ai maintenant achevé d'indiquer assez la systématisation
définitive de la biologie[...] Mais [...] je ne dois pas terminer
ce long chapitre sans y avoir accompli une rénovation plus particulière,
ci-dessus annoncée, quant à la théorie positive, à
la fois statique et dynamique, des fonctions intérieures du cerveau,
qui constituent l'existence intellectuelle et morale. [...] </p>
         <p>[...] L'inspiration sociologique, contrôlée par l'appréciation
zoologique : tel est donc le principe général de cette construction
biologique.<a href="#n16">16</a>
         </p>
         <p>On ne saurait donc méconnaître l'intime réalité
de la division spontanée que j'introduis systématiquement
dans la physique cérébrale. Elle y désignera toujours
la distinction indispensable entre les tendances qui déterminent
les <i>motifs</i> d'action, et les <i>aptitudes</i> à exécuter
les desseins arrêtés. [...] </p>
         <p>Voici donc un second pas essentiel dans la construction du traité
positif, à la fois dynamique et statique, de l'âme humaine
ou animale. Composée d'abord de c&#339;ur et d'esprit, elle nous offre
maintenant la succession normale du <i>c&#339;ur</i> proprement dit, de l'<i>esprit</i>
et du <i>caractère</i>, d'après la division naturelle des
fonctions morales en moteurs affectifs et aptitudes actives. [...] </p>
         <p>Cet état synthétique de la doctrine cérébrale
permet de mieux apprécier la constitution fondamentale de l'âme
[...] Le <i>sentiment</i> ou l'<i>instinct</i> y ressort aussitôt
comme <i>le centre essentiel de l'existence morale,</i> qui sans lui ne
comporterait aucune unité.<a href="#n17">17</a>
         </p>
         <p>Cette vie affective, qui <i>domine et coordonne toute l'existence,</i>
se décompose d'abord en personnalité et sociabilité.
[...] J'ai déjà remarqué qu'il en résulte deux
modes très distincts pour l'unité de chaque être :
par <i>égoïsme </i>ou par <i>altruisme</i> [...]<a href="#n18">18</a>
         </p>
         <p>Cette coordination partielle prépare graduellement la noble terminaison
de la série affective par l'ensemble des penchants sociaux ou altruistes.
L'accroissement de dignité et de décroissement d'énergie,
qui dirigent toute ma classification morale, s'y manifestent autant que
possible. Mais leur infériorité de puissance trouve une certaine
compensation dans leur aptitude naturelle à un essor plus complet,
puisque tous les êtres peuvent y participer à la fois sans
conflit, et même en retirant de ce concours un surcroît de
satisfaction. Quoique cette propriété caractéristique
ne doive se réaliser pleinement que chez notre espèce, comme
je l'ai déjà expliqué, son ébauche appartient
réellement à la biologie, qui peut seule en préparer
pleinement l'étude sociologique. Il est certain, en effet, que ces
nobles penchants sont communs à beaucoup de races animales. Outre
qu'ils y offrent quelquefois plus d'intensité que dans l'homme,
ils s'y trouvent mieux dégagés des résultats sociaux
et des influences mentales. C'est là surtout que leur nature devient
nettement irrécusable, de manière à dissiper toute
incertitude. Notre faible raison dut d'abord recourir à l'observation
des animaux pour repousser systématiquement les funestes sophismes
de la théologie et de l'ontologie [la métaphysique] contre
l'existence propre des instincts sympathiques, encore méconnus par
les esprits qui rejettent une telle autorité. </p>
         <p>La principale tendance de ces penchants supérieurs consiste à
changer la constitution fondamentale de l'unité vitale. Dans chaque
existence complexe, l'harmonie générale ne peut résulter
que d'une suffisante subordination de toutes les impulsions spontanées
à un seul moteur prépondérant. Or, ce penchant dominateur
est égoïste ou altruiste [...] Non seulement le second régime
surpasse le premier comme seul compatible avec l'état social. Mais,
en outre, il constitue, même chez l'individu, une unité plus
complète, plus facile, et plus durable. Les instincts inférieurs
dirigent la conduite d'après des motifs purement internes, dont
la multiplicité et la variation ne lui permettent aucune marche
fixe, ni même aucun caractère habituel, sauf pendant les exigences
périodiques des principaux appétits. Il faut que l'être
se subordonne à une existence extérieure afin d'y trouver
la source de sa propre stabilité. Or, cette constitution ne peut
se réaliser que sous l'empire des penchants qui disposent chacun
à vivre surtout pour autrui. Tout individu, homme ou animal, qui
n'aimant rien au dehors, ne vit réellement que pour lui-même,
se trouve, par cela seul, habituellement condamné à une malheureuse
alternative d'ignoble torpeur et d'agitation déréglée.
Le principal progrès de chaque être vivant doit, sans doute,
consister à perfectionner ce consensus universel où réside
l'attribut essentiel de la vitalité. C'est pourquoi le bonheur et
le mérite, même personnels, dépendent partout d'un
juste ascendant des instincts sympathiques. <i>Vivre pour autrui</i>
            <a href="#n19">19</a>
            <i>,</i>
devient ainsi le résumé naturel de toute la morale positive,
dont la biologie doit déjà ébaucher le principe universel,
mieux dégagé alors des diverses influences perturbatrices.<a href="#n20">20</a>
         </p>
      </blockquote>
      <h2>
         <a shape="rect" name="7me"/>La Septième Science</h2>
      <p>Mais ce n'est qu'au tome suivant du <i>Système de Politique positive</i>
que Comte va concevoir cette psychologie/morale positive, qu'il vient d'établir,
comme une science <i>supérieure</i> à la sociologie, la septième
science de sa classification.</p>
      <p>Cette septième science émerge progressivement dans le
premier chapitre consacré à la "Théorie générale
de la religion, ou théorie positive de l'unité humaine"
:</p>
      <blockquote class="Comte">
         <p>Ainsi se forme l'échelle élémentaire du progrès
humain, d'abord purement matériel, ensuite physique [biologique],
puis intellectuel [sociologique], enfin et surtout moral.<a href="#n21">21</a>
         </p>
         <p>Cette précieuse propriété s'y manifeste même
quand son domaine reste réduit à la seule philosophie naturelle,
comprenant l'ensemble de théories qui précèdent et
préparent la science finale. Les études mathématiques
peuvent ainsi inspirer un véritable attrait moral aux âmes
bien nées qui les cultivent dignement.<a href="#n22">22</a>
         </p>
         <p>
            <a shape="rect" name="trajet"/>Alors le difficile trajet objectif du monde vers
l'homme se trouve assez achevé pour constituer une foi complète
et homogène. Surgie des moindres conceptions mathématiques,
elle s'élève insensiblement jusqu'aux plus sublimes spéculations
morales, en construisant une suite d'ordres toujours plus nobles et plus
modifiables. Le plus éminent de tous devient le régulateur
immédiat de nos destinées. Sa considération doit donc
prévaloir pour l'appréciation systématique de chaque
existence humaine. Elle y préside d'autant mieux que, d'après
la constitution générale de la hiérarchie naturelle,
ce dernier ordre condense nécessairement l'ensemble de ceux auxquels
il est lui-même subordonné. Chacun de nous, sans doute, subit
directement toutes les fatalités extérieures, qui ne peuvent
atteindre l'espèce qu'en affectant les individus. Néanmoins,
leur principale pression ne s'applique personnellement que d'une manière
indirecte, par l'entremise de l'humanité. C'est surtout à
travers l'ordre social que chaque homme supporte le joug de l'ordre matériel
et de l'ordre vital, dont le poids individuel s'accroît ainsi de
toute l'influence exercée sur l'ensemble des contemporains et même
des prédécesseurs. D'ailleurs, l'action providentielle de
l'humanité protège chacun de ses serviteurs contre les ascendants
moins nobles, qu'elle modifie de plus en plus.</p>
         <p>Au reste, cette transmission indirecte deviendrait pleinement conforme
à la loi fondamentale du classement naturel si l'on distinguait
l'ordre individuel de l'ordre social proprement dit, c'est-à-dire
collectif, en ajoutant un degré final à la hiérarchie
générale des phénomènes.<a href="#n23">23</a>
         </p>
      </blockquote>
      <p>Elle est réaffirmée au cinquième chapitre ("Théorie
positive de l'organisme social") :</p>
      <blockquote class="Comte">
         <p>Une différence analogue se manifesterait ensuite si l'on voulait
prolonger l'étude de l'ordre humain jusqu'à l'ordre purement
individuel, ce qui ne devient indispensable qu'envers les principales notions.
En effet, ce dernier cas offrirait plus de complication qu'aucun autre,
comme affecté par des influences plus diverses et plus nombreuses,
dont les résultats comportent moins de régularité.
C'est ce qui m'a conduit, <a href="#trajet">dans le premier chapitre de
ce volume</a>, à ériger la science morale proprement dite
en septième degré nécessaire de la hiérarchie
encyclopédique, pour compléter ma progression normale de
complication et de spécialité.<a href="#n24">24</a>
         </p>
      </blockquote>
      <p>Et confirmée au chapitre septième ("Théorie
positive des limites générales de variation propres à
l'ordre humain") :</p>
      <blockquote class="Comte">
         <p>Cette conception finale de sept degrés encyclopédiques
au lieu de six se trouve spontanément annoncée dans mon discours
préliminaire, d'après le plan général de l'éducation
positive, dont le cours septénaire se termine par une année
de morale succédant à l'année de sociologie. Une telle
source, directement relative à la destination religieuse de la saine
philosophie, ne peut laisser aucun doute essentiel sur la réalité
et l'opportunité de cette extrême modification.<a href="#n25">25</a>
         </p>
      </blockquote>
      <h2>
         <a shape="rect" name="avenement"/>L'Avènement d'une éthique scientifique</h2>
      <p>Ainsi donc la psychologie comtienne, initialement une branche de la
biologie, est finalement passée de l'autre côté de
la sociologie : elle est devenue une science <i>supérieure</i> à
la sociologie. Mais, au passage, Comte ne s'est pas aperçu d'une
sorte de contradiction. Sa théorie des trois états implique
qu'une science ne saurait devenir positive avant que celle qui le précède
dans la hiérarchie ne soit elle-même solidement établie
dans la positivité. Or Comte se présente à la fin
de sa vie comme le fondateur de <i>deux</i> sciences successives ! Qu'il
eût réussi à les établir toutes deux simultanément
eût donc porté un coup fatal à sa propre théorie !
</p>
      <p>En bref, Comte était donc condamné à avoir raison
contre lui-même :</p>
      <ul>
         <li>Soit sa morale prenait racine au même rythme que sa sociologie
et il fallait admettre que la loi des trois états était invalidée,
ou que la position de septième science qu'il lui avait assignée
était erronée.</li>
         <li>Soit elle ne "prenait" pas dans l'immédiat et la loi
des trois états était sauve&#8230; en attendant d'être ultérieurement
confirmée par un passage, nettement après celui de la sociologie,
à l'état métaphysique puis enfin à l'état
positif. Et dans l'intervalle Comte devait passer pour un hurluberlu !</li>
      </ul>
      <p>Je pense que l'histoire a confirmé la deuxième hypothèse,
qui est en même temps la plus heureuse pour Comte. La septième
science a si peu pris qu'elle a été soit purement et simplement
gommée de sa biographie soit considérée comme délirante.
Et sur ces entrefaites, il semble bien que nous ayons assisté au
début de ce siècle, avec le freudisme et la révolution
morale qu'il a entraînée, à quelque chose qui ressemble
fort au stage métaphysique de la septième science. Et il
semble bien aussi que nous assistions aujourd'hui au passage de cette science
à l'état positif.</p>
      <p>Depuis les années cinquante de ce siècle, en effet, le
concept d'altruisme a lentement commencé à s'imposer dans
les milieux de la biologie, de la sociologie et des sciences du comportement
: "D'abord une poignée, puis des douzaines, puis des centaines
de spécialistes des sciences du comportement ou des sciences sociales
commencèrent à mener des expériences de laboratoire
ou des études de terrain sur les comportements de coopération,
de partage, de réciprocité, de don, d'aide dans les situations
d'urgence et autres semblables. Sur l'altruisme seul, en 1970 quelque 150
études avaient paru dans les revues liées à la psychologie
; en 1982 le total était monté à 1 050 ; et aujourd'hui
[1990] le total est estimé à 1 200. Des dizaines ou
peut-être des centaines d'autres études sur l'altruisme ont
été conduites au sein d'autres disciplines et publiées
dans d'autres revues".<a href="#n26">26</a>
      </p>
      <p>Aujourd'hui de nombreux scientifiques de renom, comme Jean-Pierre Changeux<a href="#n27">27</a>
en France, estiment que l'heure de l'étude scientifique des phénomènes
moraux a sonné.</p>
      <p>L'échec apparent d'Auguste Comte serait-il en train de devenir
un triomphe ?<a href="#n28">28</a>
      </p>
      <h2>
         <a shape="rect" name="notes"/>Eclaircissement et Notes</h2>
      <ol>
         <li>
            <a shape="rect" name="n1"/>La classification comtienne des sciences est donc
à cette époque la suivante : mathématique, astronomie,
physique, chimie, biologie, "physique sociale". Le terme <i>sociologie
</i>ne sera inventé que dans la 47e leçon (1839) du <i>Cours
de philosophie positive </i>(édition Hermann, 1975, t. II, p.88).</li>
         <li>
            <a shape="rect" name="n2"/>
            <i>
               <a href="../etexts/ensemble/index.xml">Discours
sur l'Ensemble du positivisme</a>
            </i>(nlle éd. Paris, Garnier-Flammarion,
1998), reproduit ensuite sous forme de "Discours préliminaire"
dans le t. I du <i>Système de politique positive</i>
         </li>
         <li>
            <a shape="rect" name="n3"/>"Examen du traité de Broussais sur l'irritation"
(1828) reproduit <i>in Système de Politique positive</i>, Appendice
général (t. IV), pp. 216-217.</li>
         <li>
            <a shape="rect" name="n4"/>"Considérations philosophiques sur les
sciences et les savants" (1825) <i>in</i>
            <i>Système de Politique
positive</i>, Appendice général (t. IV), pp. 148-149.</li>
         <li>
            <a shape="rect" name="n5"/>Cette méprise était déjà
dénoncée au début de ce siècle par Lucien Lévy-Bruhl
: "Il est inexact de dire qu'il n'y a point de psychologie chez Comte.
Au contraire, il pense que la psychologie positive vient d'être fondée
par des savants contemporains, dont il approuve la méthode. S'il
n'a pas employé le mot 'psychologie', c'est afin d'éviter
une confusion. A ce moment, le mot était pour ainsi dire la propriété
de l'école éclectique. Par méthode 'psychologique',
tout le monde entendait alors celle de Jouffroy. La 'psychologie' était
la science fondée par Cousin sur l'analyse du moi. Comte, qui combat
ces philosophes, n'a pas voulu que sa théorie des phénomènes
psychiques, différente de la leur, fût appelée du même
nom. C'est cette précaution même qui a fini par n'être
plus comprise maintenant que 'psychologie' ne désigne plus la doctrine
éclectique seulement, mais toute théorie des faits mentaux,
quelle qu'elle soit." (<i>La philosophie d'Auguste Comte</i>, 2<sup>e</sup>
éd., Paris, Alcan, 1905, p. 220).</li>
         <li>
            <a shape="rect" name="n6"/>François-Joseph Gall (1758-1828), médecin,
anatomiste et physiologiste badois, fonde la <i>craniologie</i>, rebaptisée
par ses disciples, et notamment Spurzheim (1776-1832), <i>phrénologie</i>.
Gall voit ses cours à l'Université de Vienne interdits comme
contraire à la religion et se fixe à Paris où il produira
l'essentiel de son &#339;uvre. On a de lui : <i>Recherches sur le système
nerveux en général, et sur celui du cerveau en particulier</i>,
Paris, 1809, avec Spurzheim ; <i>Anatomie et physiologie du système
nerveux et du cerveau en particulier, avec des observations sur la possibilité
de reconnaître plusieurs dispositions intellectuelles et morales
de l'homme et des animaux par la configuration de leurs têtes</i>,
Paris, 1810-1819, 4 vol. plus 1 vol. de planches, les deux 1ers vol. écrits
avec Spurzheim<i>. Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune
de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnaître
les instincts, les penchants, les talents, ou les dispositions morales
et intellectuelles des hommes et des animaux par la configuration de leur
cerveau et de leur tête</i>, Paris<i>,</i> 1822-1825, 6 vol. Les
différents vol. de ce dernier traité portent les titres suivants
: <i>Sur l'origine des qualités morales et des facultés intellectuelles
de l'homme, et sur les conditions de leur manifestation</i>, 1822, t. 1
; <i>sur l'organe</i>
            <i>des qualités morales et des facultés
intellectuelles et sur la pluralité des organes cérébraux</i>,
1822, t. 2 ; <i>Influence du cerveau sur la forme du crâne, difficultés,
moyens de déterminer les qualités et les facultés
fondamentales et de découvrir le siège de leurs organes</i>,
1823, t. 3 ; <i>Organologie, ou exposition des instincts, des penchants,
des sentiments et des talents, ou des facultés morales et des facultés
intellectuelles fondamentales de l'homme et des animaux et du siège
de leur organe</i>, 1823, t. 4 et 5 ; <i>Revue critique de quelques ouvrages
anatomico-physiologiques, et exposition d'une nouvelle philosophie des
qualités morales et des facultés intellectuelles,</i> 1825,
t. 6.</li>
         <li>
            <a shape="rect" name="n7"/>A titre d'exemples de cette réhabilitation,
voir entre autres : Jerry A. Fodor, <i>The Modularity of Mind</i>, Cambridge
(MA), The MIT Press, 1983, § I.3 "Mental structure as functional
architecture: vertical faculties" ; Antonio R. Damasio, <i>Descartes'
Error. Emotion, Reason, and the Human Brain</i>, New York, Grosset/Putnam,
1994, pp. 14-17 "An Aside on Phrenology" (trad. fr. "L'erreur
de Descartes", Paris, Odile Jacob).</li>
         <li>
            <a shape="rect" name="n8"/>
            <i>Cours de Philosophie positive</i>, édition
Hermann, I, 863.</li>
         <li>
            <a shape="rect" name="n9"/>
            <i>Cours de Philosophie positive</i>, édition
Hermann, I, 851.</li>
         <li>
            <a shape="rect" name="n10"/>Cette démonstration de l'existence d'instincts
non égoïstes occupe les pages 254-319 du t. 5 des <i>Fonctions
du cerveau.</i> Voir un écho chez Comte dans la 50<sup>e</sup> leçon
("Considérations préliminaires sur la statique sociale,
ou théorie générale de l'ordre spontané des
sociétés humaines", 1839) du <i>Cours de Philosophie
positive</i>.</li>
         <li>
            <a shape="rect" name="n11"/>
            <i>Système de Politique positive</i>, I, 729.</li>
         <li>
            <a shape="rect" name="n12"/>L'ensemble de ces tableaux se trouve reproduit dans
l'ouvrage du Dr Georges Audiffrent <i>du Cerveau et de l'Innervation d'après
Auguste Comte</i>, Paris, 1869.</li>
         <li>
            <a shape="rect" name="n13"/>Et ressemblant fort aux cerveaux limbique, néo-cortical
et reptilien aujourd'hui généralement admis à la suite
de MacLean (voir Paul D. MacLean et Roland Guyot, <i>Les Trois Cerveaux
de l'homme</i>, Paris, R. Laffont, 1990).</li>
         <li>
            <a shape="rect" name="n14"/>Dans les citations de tout ce paragraphe les italiques
ont été ajoutés par le présent auteur, sauf
indication contraire.</li>
         <li>
            <a shape="rect" name="n15"/>
            <i>Système de Politique positive</i>, I, 610-614.</li>
         <li>
            <a shape="rect" name="n16"/>
            <i>Système de Politique positive</i>, I, 669-673.</li>
         <li>
            <a shape="rect" name="n17"/>
            <i>Système de Politique positive</i>, I, 684-685.</li>
         <li>
            <a shape="rect" name="n18"/>
            <i>Système de Politique positive</i>, I, 691.</li>
         <li>
            <a shape="rect" name="n19"/>Souligné par Comte.</li>
         <li>
            <a shape="rect" name="n20"/>
            <i>Système de Politique positive</i>, I, 699-701.
Ce passage sous-entend que la "morale positive" s'est déjà,
aux yeux de Comte, émancipée de la biologie. </li>
         <li>
            <a shape="rect" name="n21"/>
            <i>Système de politique positive</i>, <a href="../etexts/systeme/2/1.xml#échelle">II,
42</a>.</li>
         <li>
            <a shape="rect" name="n22"/>
            <i>Système de politique positive</i>, <a href="../etexts/systeme/2/1.xml#propriété">II,
48</a>
         </li>
         <li>
            <a shape="rect" name="n23"/>
            <i>Système de politique positive</i>, <a href="../etexts/systeme/2/1.xml#trajet">II,
55-57</a>. Ce passage essentiel m'avait échappé lors de la
première rédaction de cet article -- tout comme il a échappé
apparemment aux rédacteurs de la table alphabétique du <i>Système</i>.
C'est ce qui m'y faisait donc écrire, à tort, que la fondation
de la septième science apparaissait dans le chapitre 1 du tome II
de manière "purement implicite".</li>
         <li>
            <a shape="rect" name="n24"/>
            <i>Système de politique positive</i>, II,
264-265</li>
         <li>
            <a shape="rect" name="n25"/>
            <i>Système de politique positive</i>, II,
433. Le texte (de 1848) auquel il est fait allusion est le suivant :</li>
      </ol>
      <blockquote class="Comte">
         <p>Depuis la naissance jusqu'à la majorité, son ensemble
[de l'éducation positive] comprend deux parties générales
: l'une essentiellement spontanée [...] ; l'autre, directement systématique,
consistera principalement en une suite publique de cours scientifiques
sur les lois essentielles des divers ordres de phénomènes,
servant de base à la coordination morale, qui fera converger toutes
les préparations antérieures vers leur commune destination
sociale. [...] </p>
         <p>[...] une sixième année [...] systématisera définitivement
toutes les études réelles par l'étude directe de la
sociologie, statique et dynamique, qui rendra familières les vraies
notions sur la structure et le mouvement des sociétés humaines,
surtout modernes. Un tel fondement permettra à la dernière
de ces sept années du noviciat positif de diriger immédiatement
l'ensemble de cette éducation vers sa principale destination sociale,
par l'exposition méthodique de la morale, dont chaque démonstration
essentielle deviendra alors pleinement appréciable, suivant la saine
théorie du monde, de la vie, et de l'humanité. </p>
         <p>
            <i>Système de politique positive</i>, I, 173 (<i>Discours préliminaire
sur l'Ensemble du positivisme,</i> 3<sup>e</sup> partie)</p>
      </blockquote>
      <ul>
         <li>
            <a shape="rect" name="n26"/>Morton Hunt, <i>The Compassionate Beast. What Science
is Discovering About the Humane Side of Humankind</i>, New York, William
Morrow and Company, 1990, p. 30 (traduction du présent auteur).</li>
         <li>
            <a shape="rect" name="n27"/>J.-P. Changeux fait d'ailleurs explicitement référence
à Auguste Comte : "Le grand public sait moins que l'idée
d'une science de la morale n'est pas neuve. On la trouve chez Auguste Comte,
qui proposait d'élaborer une morale positive de l'altruisme subordonnant
les instincts égoïstes aux instincts sympathiques et devenant
la "septième science", la science par excellence (<i>La
Nature et la Règle</i>, Paris, Odile Jacob, 1998, p.23). Voir aussi,
sous la dir de Jean-Pierre Changeux, <i>Fondements naturels de l'éthique</i>,
Paris, Odile Jacob, 1991.</li>
         <li>
            <a shape="rect" name="n28"/>Pour être juste, ce triomphe serait aussi celui
d'un grand nombre de précurseurs et de "suiveurs" d'Auguste
Comte dans l'élaboration d'une morale de l'altruisme : le philosophe
chinois <a shape="rect" href="http://www.chinapage.com/classic/mencius/mencius.html">Mencius</a>
(371-289 av. J.C. -- <a shape="rect"
               href="http://www.human.toyogakuen-u.ac.jp/~acmuller/contao/mencius.htm">sélections
en anglais</a>), l'<a shape="rect" href="http://www.utm.edu/research/iep/b/butler.htm">évêque
Butler</a> (1692-1752), David Hume (1711-1776, dans son <i>Enquête
sur les principes de la morale</i>), Georges Leroy (1723-1789, dans ses
<i>Lettres sur les animaux</i>), Adam Smith (1723-1790, dans sa <i>
               <a shape="rect"
                  href="http://socserv2.socsci.mcmaster.ca/~econ/ugcm/3ll3/smith/moral.html">Théorie
des sentiments moraux</a>
            </i>), Darwin (1809-1882, dans sa <i>
               <a shape="rect"
                  href="http://honors.ccsu.ctstateu.edu/honors/etext/Darwin/DarwinDescentContents_ToC.html">Descendance
de l'homme</a>
            </i>), le prince Kropotkine (1842-1921, dans son <i>
               <a shape="rect"
                  href="http://calvin.pitzer.edu:8080/~dward/Anarchist_Archives/kropotkin/mutaidcontents.html">Entraide,
facteur de l'évolution</a>
            </i> et ses <i>
               <a shape="rect"
                  href="http://calvin.pitzer.edu:8080/~dward/Anarchist_Archives/kropotkin/ethics/toc.html">Origines
et développements de l'éthique</a>
            </i>), et quelques autres.</li>
      </ul>
      <signature auteur="EL"/>
   </body>
</html>